Ta Douleur, conception et chorégraphie de Brigitte Haentjens, d’après la création originale de Danse-Cité et Anne Le Beau.
La Compagnie Sibyllines, basée à Montréal, explore les rapports entre l’expression du corps et le théâtre, avec des créations comme L’Opéra de quat’sous, Woyzek, etc… Où le mouvement synchronisé des interprètes devient un langage parallèle à celui de la parole.
Avec Ta douleur, Brigitte Haentjens met en scène le corps et en évacue la parole, ou presque… Les quelques phrases chuchotées paraissent banales, même quand elle sont empruntées à Pétrarque, au cinéaste algérien Azzedine Meddour, ou encore au groupe hip-hop indépendantiste québécois Loco Locass.
Ce combat entre danseurs issus de solides formations, classique, ou contemporaine, se transforme en une rencontre passionnante entre un homme et une femme qui expriment toutes les douleurs possibles. Fondé à la fois sur la danse, le mime, l’athlétisme, mais aussi sur une séance de psychothérapie, le spectacle possède une dialectique brechtienne et met en évidence la progression des souffrances possibles vécues par ces êtres: peur, crainte, déception, perte, frustration, chagrin, colère: les corps évoluent ainsi vers une relation tumultueuse faite de violence, cruauté et soumission, un peu comme chez Sarah Kane.
L’explosion d’émotions marque brutalement les visages, et le corps féminin évoque alors une décomposition émotive, avec des mouvements libérés des contraintes de la danse classique, alors que le spectacle pousse les deux interprètes à la limite de toutes les possibilités physiques. Nous ressentons même, dans cette absence totale de rigueur, l’expression d’une liberté absolue et l’émergence de la structure interne du spectacle.
Curieuse dialectique qui domine en effet cette soirée, composée de courts épisodes où les interprètes se heurtent à des oppositions rythmiques, émotives, et douloureuses. Les corps ne s’écoutent pas et s’entrechoquent sans arrêt. Un exercice de style aussi troublant qu’inachevé, et une recherche qui assimile la danse contemporaine à une manière de confronter des névroses. Manifestation d’une inquiétante étrangeté, à voir avec étonnement et émerveillement, et donc à suivre….
Alvina Ruprecht
Spectacle présenté du 4 au 7 décembre au Théâtre français du Centre national des arts d’ Ottawa.
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