Swiss Dance Week
L’Atelier de Paris accueille à la Cartoucherie de Vincennes une semaine la danse suisse du Centre culturel de ce pays qui, pendant les travaux à son siège rue des Francs-Bourgeois à Paris, se décentralise dans l’hexagone.
L’Albâtre, chorégraphie et interprétation de Clara Delorme

Nue, recroquevillée au coin d’un carré fluorescent et immobile comme un gros insecte ou un oiseau blanc, elle semble guetter une proie dans un silence absolu. Avec une lenteur calculée, elle se déploie, avance au milieu d’un socle de lumière aveuglante, s’y love avec précaution avant de s’ouvrir comme une fleur au soleil. «Je n’avais pas d’idées, vraiment rien, dit Clara Delorme. Le syndrome de la page blanche. Alors, je me suis dit que j’allais partir de ça: du blanc. A partir de là, Je me suis souvenue de Carré blanc sur fond blanc, le fameux tableau de Kasimir Malevitch. Et là, le blanc est devenu carré. Carré blanc. »
Exposant sa chair tendre et ses formes rondes, elle fait jouer les moindres muscles et tendons de son abdomen, sous l’effet de sa respiration. Une performance osée mais dont l’harmonie désamorce toute provocation. Un quart d’heure d’immaculée candeur, hors du temps. Présenté au Quarts-d’Heure du Théâtre Sevelin 36 à Genève où elle est artiste associée, et aux Urbaines de l’Arsenic à Lausanne, ce solo a été sélectionné par la fondation Pro-Helvetia qui finance beaucoup de nombreux projets culturels en Suisse.
La danseuse et chorégraphe y a créé, au printemps dernier, Clara Delorme lève la jambe pour faire ressortir ses lèvres vaginales, une courte forme où elle dénonce le harcèlement dans le milieu de la danse.
Aria, chorégraphie de Jasmine Morand

Sur le ronron obsédant de quatre ventilateurs, un homme au corps puissant s’apprête à prendre le départ, comme immobilisé dans des starting-blocks. Il va, avec une lenteur méticuleuse, ramper prudemment vers un objet rond comme un ballon qui s’avère, la lumière venue, être un casque de moto.
Le danseur, tendu par l’effort, marche comme retenu et donc empêché d’atteindre son objectif. Fabio Bergamaschi, athlète à la délicatesse d’un danseur, finit avec une gaucherie feinte, par s’emparer de ce casque convoité. Il en joue comme d’un trophée, jalousement, s’y tient en équilibre, jusqu’à s’en coiffer avant de s’immobiliser, statufié…
« En suggérant, dit la chorégraphe, la vitesse sans avoir recours à la rapidité, le corps et l’esprit sont maintenus dans une tension latente et prêts à toute accélération. » La pièce d’une demi-heure fonctionne sur cet équilibre entre mouvement et suspension, non sans humour et en égratignant gentiment la virilité.
De formation à la fois classique et moderne, Jasmine Morand a débuté sa carrière au Centre Chorégraphique National–Ballet de Lorraine, avant de rejoindre l’Opéra de Zurich et le Ballet national slovène. Elle a fondé sa compagnie, Prototype Status, à Vevey et signe aussi des pièces au Tanztheater de Lucerne. Une artiste suisse à découvrir avec Lumen, un ballet pour treize danseurs. Lauréat du Label+Romand-arts de la scène, il est programmé au Théâtre des Abbesses à Paris, du 11 au 14 janvier.
Mireille Davidovici
Jusqu’au 22 octobre à l’Atelier de Paris-Centre de développement chorégraphique national ,Cartoucherie de Vincennes. Métro : Château de Vincennes+ navette gratuite. T. : 01 41 74 17 07.
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