Six personnages en quête d’auteur

Six Personnages en quête d’auteur, d’après Luigi Pirandello, mise en scène Stéphane Braunswchweig

Au dernier festival d’Avignon, ces Six personnages (voir la critique de Philippe du Vignal dans Le Théâtre du Blog) avaient laissé une bonne partie du public sur sa faim. Retravaillé, rentré dans les murs d’un théâtre, il a trouvé son chemin à la Colline.
Nous ne rappellerons pas l’irruption obstinée de cette famille  en plein mélodrame au milieu d’une laborieuse répétition, tandis que les acteurs pataugent dans le concret de leur travail. D’un côté,  le «réel» le plus théâtral qui soit, et de l’autre, la pratique de l’art,  la plus terre-à-terre (donc réelle) qui soit.
La mention: d’après Luigi Pirandello, a le mérite de situer les choses entre le texte consacré… et la représentation qui en est donnée. Le  débat est lancé par le groupe d’acteurs qui jouent les comédiens de la pièce (c’est clair ?) sur la légitimité de l’auteur, le respect dû au texte, la primauté de l’un sur l’autre, la lettre et l’esprit. Mais Stéphane Braunschweig ne s’est pas contenté de l’exposer mais a vigoureusement taillé dans le texte.
Il a laissé les six personnages – car chacun des six a son propre drame et sa place dans leur drame commun- faire irruption sur le plateau, et il a aussi reconstruit les scènes de comédiens. Il ne les a pas flattés, c’est le moins que l’on puisse dire : à la fois hésitants et péremptoires, avec un certain penchant pour le cliché et le lieu-communs où le metteur en scène saute lui-même à pieds joints – voir l’affaire du voile de la veuve dénoncé par notre ami Philippe du Vignal : est-on, oui ou non, dans le monde d’aujourd’hui ?
Mais cette ironie est au cœur du sujet. Où est le théâtre ? Et si ces comédiens étaient plus encore que les Personnages, en quête d’auteur ? Ne sont-ils pas les auteurs, pourtant irresponsables, de leurs improvisations ? Irresponsables, car, croyant être «créateurs», ils sont, malgré eux, prisonniers des fameux clichés et lieux communs. Et où est la vérité d’un acteur qui « joue faux » volontairement ?
Avec quelques projections  illustratives et autres prodiges technologiques nous montrant que sur scène tout est possible, on assiste ici à une succession de mini-bombes qui pulvérisent successivement les notions d’auteur, personnage, jeu et la réalité même du théâtre, en une sorte de réjouissant suspense intellectuel. L’émotion y perdrait, sans quelques sombres éclats de Caroline Chaniolleau (la veuve), sans le silence intense, très présent du jeune Anthony Jeanne (l’enfant). In fine, la statue funèbre de Pirandello en sort assez mi-figue mi-raisin.
Mais nous aurons pris plaisir et ri à ce jeu vertigineux d’équations à un nombre infini d’inconnues. Un, personne, cent mille, dirait Luigi Pirandello. parler d’une vision réductrice de la pièce. Ou alors d’une réduction chimique à forte concentration.

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline, jusqu’au 7 octobre.

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