Semaine d’Art en Avignon
Andromaque à l’infini, d’après Andromaque de Jean Racine, mise en scène de Gwenaël Morin
Le programme Ier Acte a été initié par Stanislas Nordey en 2014 avec le soutien des fondations Edmond de Rotschild et S.N.C.F., pour promouvoir la diversité d’origine des acteurs sur les scènes. En 2020, le Théâtre National de Strasbourg prolonge ce geste et s’engage dans la création de formes personnelles itinérantes au festival d’Avignon, sous l’égide de Gwenaël Morin. Il a dirigé le Théâtre du Point du jour à Lyon et a mis en scène cette pièce mais aussi de grands classiques du répertoire, de Molière à Sophocle avec un théâtre nu, dont la liberté dramaturgique permet aux acteurs de faire vivre au plus la parole dramatique. Pour lui, les « classiques »,qui font partie de notre culture sont un espace public immatériel ouvert librement à tous. Andromaque à l’infini reprend cette idée de travaux accumulés et sa méthode «hérétique» de travail sur les alexandrins raciniens qui prend appui sur la ponctuation, variable d’une édition à l’autre. Andromaque signifie en grec ancien: « celle qui combat les hommes »… Un titre emblématique des luttes sociétales contemporaines.

Mehdi Limam, Sonia Hardoub et Emika Maruta se partagent, selon une distribution différente chaque soir, les rôles d’Andromaque, Oreste, Pyrrhus et Hermione. Barbara Jung joue, elle, les personnages secondaires et impulse le rythme et l’énergie aux protagonistes. Scénographie conçue par le metteur en scène: le texte intégral est affiché au mur, lisible par tous et cet affichage initial construit l’espace. Le texte imprimé sur des feuilles de journal est aussi distribué au public.
Andromaque est une pièce de héros dans un monde qui ne perçoit plus l’héroïsme, comme celui de ce superbe personnage éponyme de veuve. Autour d’elle, se noue la tragédie des amours contrariées et revient à l’esprit la liste éloquente des amours impossibles qui, jamais, ne se rejoignent : «Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est mort. » Pour Gwenaël Morin, l’œuvre de Racine est un outil d’émancipation: celui qui sait parler et écrire, qui connaît le texte, détient le pouvoir. Il faut donc s’attaquer à cette pièce, comme on s’attaque à la littérature dominante, pour s’en émanciper et prendre un pouvoir sur sa propre langue. L’aventure transforme celui qui la vit, à travers le verbe poétique des alexandrins.
Une pièce sur le regard que l’on consent à l’autre, ou pas, une source de reconnaissance ou d’exclusion. En cela, le choix de la distribution fait déjà sens, avec ces comédiens issus de la diversité sociale et ethnique. Et la mise en scène comme la direction de ces acteurs disant les alexandrins dans l’émotion rageuse et la tension de l’urgence, laisse le public sans voix… Les hommes vivent-ils ainsi, encore et toujours, dans la non-écoute, le repli sur soi et le refus ? Ces instinctives récriminations, semonces… posent un filtre de folie sur le monde.
Véronique Hotte
Semaine d’Art en Avignon, spectacle en itinérance du 24 au 31 octobre à 18 h. Vu le 25 octobre au Complexe socio-culturel de la Barbière, Avignon.
Joué aussi le 26 octobre, salle des Fêtes de Barbentane et le 27 octobre, salle polyvalente de Saze. Les autres représentations de la fin octobre et du mois de novembre ont du être ou seront malheureusement annulées vu les circonstances..
L’Empreinte à Brive-Scène Nationale de Brive-Tulle, du 3 au 8 décembre.
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