Rembobiner, d’après les films de Carole Roussopoulos, mise en scène du collectif Marthe

Rembobiner, d’après les films de Carole Roussopoulos, mise en scène du collectif Marthe: Clara Bonnet, Marie-Ange Gagnaux, Itto Mehdaoui

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© Théâtre du Point du Jour

 Les fondatrices de ce collectif aujourd’hui implanté aujourd’hui à Saint-Etienne où elle ont fait leurs études de théâtre, mettent au centre de leurs créations  la question des féminismes. Plutôt que jouer des pièces écrites où elles ne se reconnaissent pas, elles s’inspirent d’ouvrages théoriques et matériaux de recherches, pour «re-parcourir des histoires oubliées, tues, cachées, petites, insignifiantes et tricoter une théâtralité singulière ».

 Rembobiner nous replonge au cœur des luttes d’émancipation des années soixante-dix et le collectif explore les documentaires de Carole Roussopoulos. La vidéaste franco-suisse a tourné avec le Portapak, tout premier enregistreur vidéo portable qui a aussi révolutionné le cinéma de Jean-Luc Godard. Contrairement son compatriote -dont on nous lit ici une lettre moqueuse- elle avait la modestie d’une passeuse : « Tu prends la balle et tu la passes ! disait-elle. Tu filmes, tu montes et tu montres. »  Carole Roussopoulos  a travaillé jusqu’à sa mort en 2009 à retracer les luttes de son époque. Principalement celles des femmes avec les manifestations pour le droit à l’avortement ou l’occupation de l’église Saint-Nizier par des prostituées lyonnaises lors de leurs premiers états-généraux. Elle a aussi filmé des agricultrices, conchylicultrices, aides-soignantes ou stars… Dans une centaine de documentaires, elle donne la parole aux sans voix et trace le portraits de personnalités.  Avec l l’actrice Delphine Seyrig, elle fonda Les Insoumises, un collectif qui créa des vidéo-pamphlets comme Maso et Miso vont en bateau.

Nous ne verrons pas d’extraits de ces vidéos mais elles sont ici le socle d’une forme théâtrale inventive et ludique. Marie-Ange Gagnaux, à la régie, manipule à vue un magnétoscope et projette avec des transparents, dessins humoristiques ou photos. Plan après plan, elle annonce et commente, et, à l’occasion, interviewe les femmes filmées par la vidéaste, interprétées par Itto Mehdaoui ( en alternance avec Aurélia Lüscher).

La comédienne a l’art de reproduire accents et phrasé de ses personnages. Elle incarne Monique Piton, la pasionaria des « Lip ». Au début des en 1973, les ouvrières et ouvriers occupèrent l’usine montre de Besançon et une marche mémorable sur Besançon réunit 100.000 manifestants venus de la France entière. Puis l’entreprise entra en autogestion: « Le jour où on a remis en route l’usine, c’était merveilleux, dit-elle (…) Des femmes, on n’en parle pas assez, elles font un très gros travail » . Perchée sur une chaise, elle se grime en Pierrick pendant une A.G. du Front Révolutionnaire Homosexuel (F.H.A.R.) : « J’ai trois frères et deux sœurs et je suis pédé. J’ai quinze ans. » Elle se prêtera à une avortement clandestin, organisé par le M.L.A.C. (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception), ou joue une passante, qui s’exclame, lors d’une manifestation pour l’avortement :« Y’a qu’à pas baiser ! »,.. Une galerie de portraits dont le plus connu :  l’actrice Jane Fonda racontant le formatage subi par les vedettes hollywoodiennes….

 Jamais nostalgiques, les metteuses en scène procèdent par arrêts sur image et restituent avec humour, une époque et ses luttes. Presque cinquante ans après, ces paroles n’ont rien perdu de leur acuité et se prolongent aujourd’hui dans les revendications de # Metoo. A une différence près: ces luttes étaient joyeuses et les militantes inventives et impertinentes.

Le spectacle, conçu pour être itinérant et joué dans des lieux non théâtraux, permettra à d’autres publics d’interroger, à l’aune de cette mémoire, les féminismes et les combats LGBT actuels. Merci au collectif Marthe.

 Mireille Davidovici

Du 5 au 19 octobre, Théâtre L’Athénée-Louis Jouvet, 2-4 Square de de l’Opéra-Louis Jouvet, Paris ( IX ème) T. : 01 53 05 19 19.

 Le 22 octobre, Théâtre des 13 Vents, Montpellier (Hérault).

Du 6 au 10 novembre, Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon (Rhône) ; du 14 au 19 novembre, MC2 Grenoble (Isère) .

Le 9 mars, La Passerelle, Saint-Just-Saint-Rambert (Loire) ; les 16 et 17 mars , Centre culturel de la Ricamarie (Loire).

Le 9 mai, Auditorium de Seynod, Annecy (Haute-Savoie).

 

 


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