Petites formes autour d’une table à la rencontre de Wajdi Mouawad, conception et interprétation: Mylène Bonnet, Valérie Puech, Estelle Savasta avec la complicité de Pierre Ascaride.
Pierre Ascaride , directeur du Théâtre 71 de Malakoff, a eu l’excellente idée d’inviter ces trois jeunes femmes qui ont inventé ce spectacle jubilatoire que l’on pourrait qualifier de « petite forme, » pour reprendre l’expression de Vitez qui, effectivement, raffolait de ce genre de friandises théâtrales, le plus souvent comme exercice, comme une sorte de double alternatif au théâtre dit sérieux. A faire, et à consommer n’importe où, entre amis et vieux complices; comme dit Pierre Asacaride, ces trois belles personnes en connivence avec un auteur qu’elles aiment et avec lesquelles elles ont travaillé comme assistante, comédienne ou stagiaire ont conçu ce que Vitez appelait donc théâtre de chambre: quelques projecteurs (et encore on peut s’en passer) , des chaises autour d’ une rangée de tables en bois où sont dispersées les pièces de Mouawad mais aussi les livres dont il aime s’entourer pour écrire: le théâtre de Sophocle , Vie et enseignement de Tierno Bokar de l’écrivain malien Amadou Hampate Ba, dont Peter Brook avait fait une adaptation, l’œuvre complète de Julien Gracq dans la Pléiade… ou encore un petit carnet où sont inscrits quelques mots: » Chère , très chère V. Ecris, ne laisse personne dire après ton passage: voici qu’elle s’en va , la fille au regard grave, elle ne fut pas généreuse, son coeur est resté fermé. Ecris. je t’embrasse. Wajdi » .
Les trois comédiennes ont auparavant distribué un petit questionnaire à la trentaine de spectateurs- des collégiens et lycéens de Malakoff- questionnaire que Mouawad, avait inventé et donné à des ouvriers de Montluçon où il travaillait en résidence et qui venaient d’être licenciés du genre: Que faisait votre père? De quoi avez-vous peur? Est-ce quelqu’un de votre famille a vécu une guerre? Vous souvenez- vous de votre première émotion artistique? et d’autres plus courtes: Douleur, Apaisement, Promesse, Autobus, Amitié, qu’elles ont ajoutées à la liste initiale, sorte de petit blasons significatifs de l’oeuvre de Mouawad, soit au total 33 questions , que les spectateurs peuvent poser. Et les comédiennes alors répondent soit seules soit soit à deux soit en trio, en choisissant un texte tiré d’une de ses pièces comme Incendies, le prologue de Willy Protagoras enfermé dans ses toilettes, Littoral,etc… ou bien un inédit comme la Rencontre avec Forêts ou le Programme du Théâtre de Quat’ Sous à Montréal que l’auteur dirigea il y a quelques années…. Les réponses tombent juste , comme si ou ouvrait une petite fenêtre sur l’oeuvre de l’auteur, parfois un peu moins, mais qu’importe, les cinquante minutes passent à toute vitesse: les comédiennes sont intelligentes, attentives , efficaces et disent très bien ces textes .. Un vrai bonheur de théâtre. Avec comme dans un écho lointain-il y a quelque trente ans- la fameuse adaptation et mise en scène par Vitez, toujours lui! de Catherine, d’après Les Cloches de Bâle d’Aragon, où le public entourait les comédiens autour d’une table de repas et qui lisaient à tour de rôle, des extraits du roman… En tout cas, si, par hasard, le spectacle se joue près de chez vous, ne le le ratez surtout pas.
Philippe du Vignal
Le 14 et le 15 décembre au Lycée de Draguignan et le 3 février au Festival A pas comptés de Dijon.
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