‘Anton Tchekhov, texte français de Virginie Ferrere et Galin Stoev, mise en en scène de Galin Stoev

 

Oncle Vania d’Anton Tchekhov, texte français de Virginie Ferrere et Galin Stoev, mise en scène de Galin Stoev

Plus de verte campagne russe pour cet Oncle Vania, sinon quelques branches derrière une étroite porte vitrée. Cela  se passe dans un lieu indéterminé avec châssis de décor d’Ivanov récupérés par Alban Ho Van et placés à l’envers. Côté cour, un porte donnant sur une sorte de débarras avec étagères chargées de cartons et au milieu, deux marches faites de grandes planches, comme pour pallier un manque. Avec, au dessus, un vaste espace fermé par une grille vitrée en accordéon qu’on ouvrira et fermera à la moindre occasion mais sans le moindre rapport avec le texte. Seul, le devant de cette scène peu profonde sera constamment occupé par les acteurs le plus souvent en position frontale et au début, sagement alignés sur des chaises pliantes en plastique face public.Vous avez dit bizarre?

© liebig
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Seul le vieux Sérébriakov aura droit ensuite  à un transat. Il s’agit, vous l’aurez compris, de faire moderne, et au fond de cette avant-scène, il y a quand même un gros samovar cylindrique mais en inox, auprès duquel sommeille la vieille nounou ( Catherine Ferran).
Côté cour, une effet qu’on n’a jamais vu nulle part !!! un piano droit qui de temps en temps jouera avec ou sans interprète, c’est selon,…Et en retrait une batterie de douze gros projecteurs qui donneront des coups de lumière quand les voitures dont on entend le bruit des moteurs, s’en iront à la gare. (Alors que les personnages parlent des chevaux qui s’en vont!) Peut-être la fameuse quatre chevaux Renault ou la non moins fameuse deux chevaux Citroën ? Sans doute une distanciation à la Galin Stoev !
Il ne situe pourtant pas son Oncle Vania dans les année cinquante mais à une époque moderne, voire contemporaine, puisqu’il truffe le texte de quelques racoleurs: « ça marche », péter un câble, etc. Sans doute pour rendre un grand service à Tchekhov! et lui donner un coup de « djeun». Ce n’est pas être puriste mais très franchement on peut se demander ce que cela apporte. Au début apparait une poulette endormie que Vania tient dans ses bras et presque à la fin, (c’est dans les didascalies) deux autres qui ont subi un dressage comme l’indique le programme, se baladent comme pour mettre un peu de campagne, puisque toute la pièce se passe dans un domaine agricole…

Et il y aura une dizaine de mètres de papier kraft qui seront déroulés pour qu’Astrov, un double de ce Tchekhov précurseur en 1889 ! montre avec de la peinture -acrylique!- les effets pervers des abattages de forêts entières sur l’environnement en Russie. Bien entendu, ce papier qu’au parterre, on ne peut même pas voir, est jeté tous les soirs, on l’espère au moins dans une poubelle jaune? Galin Stoev utilise des châssis recyclés et c’est tout à son honneur mais  dépense inutilement des dizaines de mètres de papier kraft. Comprenne qui pourra mais il y a quand même ici beaucoup de choses approximatives… Et au théâtre il n’y a pas d’excuses, rappelle souvent et avec raison, notre amie Christine Friedel…

Sérébriakov, veuf, est un prof d’université à la retraite mais il se sent déjà vieux avec ses crises de goutte et ses petites pathologies dont il parle à tout le monde. Il s’est remarié avec une de ses belles étudiantes, laquelle ne semble pas vraiment heureuse d’être la possession de cet enseignant incompétent, méprisant et assez imbu de lui-même. Et qui se verrait bien finir ses jours servi par une armée de domestiques dans cet agréable domaine familial. Vania, fils de la première femme du professeure est lui, usé d’avoir trop travaillé avec Sonia sa nièce,  la fille du professeur et de sa première femme, pour que la ferme rapporte des bénéfices  .et que Sérébriakov puisse vivre correctement à Moscou.
Astrov, un médecin de campagne pas bien riche, est seul, écrasé par ses consultations dont il commence à avoir assez et il garde le remords d’opérations ratées. Follement amoureux d’Héléna qui fascine aussi Vania. Lequel les verra s’embrasser. Tout s’écroule alors pour le pauvre Vania qui n’avait pas besoin de cela. Une scène merveilleuse que tous les élèves de théâtre rêvent de jouer et sans doute une des rares un peu réussies de cette mise en scène. Héléna, très lucide, verra bien qu’il vaut mieux qu’elle parte vite, avant la tragédie qui s’annonce. Vania, exaspéré par ce Sérébriakov qui voudrait vendre la propriété, tirera mais sans l’atteindre.un coup de fusil sur lui qui repartira avec Héléna.

Quant à la pauvre Sonia, la fille de Sérébriakov, elle s’est usée aussi à tenir cette exploitation. Elle aime profondément Astrov mais il ne la regarde même pas : là aussi c’est sans espoir. Il y a ici autant d’échecs matériels mais surtout sentimentaux que de personnages.
Mais Galin Stoev a sérieusement coupé dans le texte et la distribution est disons, très inégale : bon, il y a heureusement le grand Andrzej Seweryn, très juste en Sérébriakov, cet homme âgé antipathique et que pas grand monde ne supporte. Cyril Gueï, ce comédien noir est tout fait crédible en Astrov et avec lui, l’excellente Suliane Brahim (Héléna) qui illumine le plateau mais on se demande bien pourquoi Galin Stoev l’a chaussée de cuissardes en vynil blanc… Pour la rendre très sexy? Et il y a aussi  aussi Caroline Chaniolleau qui campe avec talent Maria Vassilievna, la mère de la première femme de Sérébriakov. Mais Sébastien Eveno (Vania) semble jouer dans la nuance, n’est vraiment pas là et on l’entend très mal. Et cette mise en scène dans son ensemble souffre d’un manque d’unité malgré ces acteurs confirmés. Et bien entendu l’ensemble mlagré quelques bons moments fonctionne mal. Bref, nous avons connu Galin Stoev mieux inspiré notamment quand il monte Ivan Viripaev (voir Le Théâtre du Blog) et dans la mise à jour de grandes pièces comme La Double Inconstance.
Et cet Oncle Vania fait du sur-place pendant deux heures et demi sans vraiment de rythme. Que sauver de cette mise en scène qui a été frileusement applaudie? Peut-être quelques scènes entre Astrov et Héléna, et le texte bien sûr, quand on arrive à l’entendre… Mais pour le moment, Galin Stoev a raté son rendez-vous avec Vania et sa famille. Dommage!

Après la première, les choses ont dû s’arranger un peu mais nous sommes restés sur notre faim et nous souvenons entre autres de la mise en scène de Stéphane Braunscheig et avec nostalgie de cet Oncle Vania mise en scène en 2006 par Hervée de Lafond et Jacques Livchine et remarquablement jouée par les acteurs du Théâtre de l’Unité. Dans la prairie d’une ferme laitière à Porrentruy en Suisse, cela commençait en plein jour et finissait à la tombée de la nuit donc sans aucune lumière artificielle. On entendait les vaches mugir et au loin, un train siffler et des applaudissements à la sortie d’un mariage: tout cela du au pur hasard, mais si tchekhovien ! Et des cavaliers passaient dans l’herbe où, sur un réchaud, cuisait une grande marmite de soupe… Que le public était invité après la représentation à déguster avec Vania, Héléna, Sérébriakov et tous les autres personnages…
 Vous pouvez donc rester au chaud et relire ce texte sublime où à la fin, la gentille Sonia dit à son oncle comme pour l’apaiser : «Qu’y faire ! Nous devons vivre. Nous allons vivre, oncle Vania (…)  Tu n’as pas connu de joie dans ta vie mais patience, oncle Vania, nous nous reposerons ! Nous nous reposerons ! Nous nous reposerons… »

Philippe du Vignal

 Jusqu’au 26 février, Odéon-Théâtre de l’Europe, Place de l’Odéon, Paris (VI ème). T. : 01 44 85 40 73

Le GRRRRANIT- Scène nationale de Belfort, (Territoire de Belfort).

 


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