
Festival d’Avignon
On aura tout conception de Christiane Taubira et Anne-Laure Liégeois.
Olivier Py a programmé pour la troisième fois, ce qu’il nomme un feuilleton théâtral autour d’un thème, et d’un ou plusieurs artistes, pour une série de représentations ou de lectures offertes au public, gratuitement et sans réservation. L’an dernier, Thomas Jolly avait connu un beau succès avec son Histoire du théâtre. Cette année, c’est Christiane Taubira, ancienne Garde des Sceaux et Anne-Laure Liégeois, ancienne directrice du Centre Dramatique National de Montluçon.
Mieux vaut arriver plus d’une heure à l’avance dans la cour de la Médiathèque Ceccano, à l’ombre (si l’on peut dire) des oliviers. Difficile de connaître la thématique centrale de ce projet. Pour Christiane Taubira, «à chaque jour, son sujet mais certains se regroupent en série. Les droits des femmes, les conquêtes sociales, les libertés publiques, les violences d’État occupent plusieurs séquences, et chaque sujet pourrait durer deux mois ! Une autre branche s’appelle: Sécularisation du pouvoir et laïcisation de la société. Ces catégories se rapportent à une série de conquêtes de libertés. »
Un petit plateau simple avec quelques chaises, des micros et un grand tableau où sont inscrits les auteurs des textes qui seront lus. Tableau qui n’était pas là au début des représentations mais Anne-Laure Liégeois a fini par céder à la demande du public. Alors qu’avant, des cartons avec le nom des auteurs étaient juste accrochés aux dossiers des chaises.
Nelson-Rafaell Madell, un des quatre jeunes comédiens professionnels lit, juste après les nombreuses sonneries de cloches à midi, un extrait d’Erzuli Dahomey, déesse de l’amour (voir Le Théâtre du Blog). L’adresse est directe, franche… Lui succèdent des élèves du Conservatoire National d’Art Dramatique mais aussi des «citoyens amateurs de théâtre», comme ils sont ainsi nommés dans le programme. Avec aujourd’hui, des textes de remarquables auteurs comme Franz Fanon, Édouard Glissant, Aimé Césaire, Toni Morrison, Oulaudah Equiano, et…Christiane Taubira.
Au début, on arrive encore à suivre mais on s’y perd assez vite ! Sommes-nous toujours avec Léon-Gontran Damas, ou bien déjà avec Édouard Glissant ? C’est vraiment dommage car les textes mériteraient d’être bien cités pour que l’on puisse avoir envie de s’y replonger. Après les applaudissements, des feuilles manuscrites sont collées sur le tableau avec les références plus précises…
Parfois, le ton pris par les lecteurs et la sonorisation donnent l’impression d’assister à une messe ! Un comble pour un spectacle qui se veut laïc. On connaît tous le goût de Christiane Taubira pour les grands textes et les poètes, et beaucoup de Français ont rêvé qu’elle devienne ministre de la Culture. Elle parle sans notes, et aime citer Aimé Césaire ou Léon-Gontran Damas. Presque une rock star, et on l’attend-denombreux spectateurs sont venus pour elle, ou du moins grâce à elle-mais… aujourd’hui du moins, pas de Christiane Taubira.
Sa présence changerait tout: en effet, on l’a vue danser après le spectacle, on l’a entendue rire et se réjouir d’être présente et on imagine alors une toute autre communion… Mais elle ne viendra pas et résonnent donc moins ces textes forts qui nous sont envoyés pêle-mêle en pleine figure et qui nous invitent à réfléchir. On a l’impression d’un spectacle un peu amputé… Dommage !
Julien Barsan
Spectacle vu le 21 juillet au jardin de la médiathèque Ceccano, jusqu’au 23 juillet à midi. Entrée libre.
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