On achève bien les chevaux, d’après le roman d’Horace Mc Coy, mise en scène d’Hervé Bouché, Daniel Clément Hervieu-Léger et Daniel San Pedro
Le spectacle avait été créé à Bayonne en 2023 (voir Le Théâtre du Blog): le Ballet de l’Opéra national du Rhin s’est associé à la compagnie théâtrale des Petits Champs et ces troupes ont réalisé une adaptation du célèbre roman (1935) qui a inspiré Sydney Pollack pour They Shoot Horses, Don’t They? (1969) avec Jan Fonda.
Cela se passe vers 1930, donc il y a presque un siècle! en Californie, quand les Etats-Unis s’enfonçaient dans une crise économique à partir du krach boursier de 29, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il y a nombreux marathons de danse où les participants peuvent gagner quelquefois une prime importante. Mais il fallait tenir le coup jusqu’au bout et même s’il y avait chaque heure des pauses avec infirmières et trousse de secours, lits de repos, eau à volonté et sandwichs gratuits, les règles étaient implacables: en cas d’arrêt, élimination immédiate. Robert et Gloria, les vedettes font partie des candidats tous jeunes mais chutes et bagarres sont fréquentes.
Sur la vaste scène du Théâtre de la Ville, a lieu cette compétition dans un grand gymnase avec, au fond, un espalier et sur les côtés, gradins, vestiaires… Et partout des marquages de couleur au sol pour les matchs.

Daniel San Pedro, codirecteur de la compagnie des Petits Champs, joue le patron de cette machine à achever les participants qui veulent malgré tout aller jusqu’au bout, comme cette femme enceinte… La plupart des jeunes gens, à la limite de craquer, résistent pourtant… Il y a parmi les danses de salon imposées, ces monstrueux « derbys » où les couples, déjà épuisés, doivent courir en rond. Ils peuvent aussi créer des figures pour gagner quelques points en plus. Ou se marier contre cinq cent dollars! histoire de pimenter les choses. Et plus grave, tout un public va voir ce marathon dont sortira gagnant un seul couple. Mais tous lutteront jusqu’au bout, pour essayer de sortir de la misère. Pathétique! Et Horace Mc Coy sait y faire…
Ici, seize couples de danseurs de l’Opéra national du Rhin, huit acteurs des Petits Champs et quatre musiciens pour représenter ce marathon fondé sur une réalité sociale bien réelle et sur cette lutte pour survivre à cette crise qui gangrène toutes les villes des Etats-Unis… Mais coup de théâtre, une ligue de moralité, représentée par trois femmes munies de pancartes, réussit à le faire interdire! Le directeur renverra donc sans aucun état d’âme les participants qui auront tout perdu…
Oui, mais voilà, comment adapter un tel roman à la scène en une heure et demi? Mission mission impossible et rares sont les metteurs en scène qui s’y risquent… Pourtant Micheline Kahn, une jeune metteuse en scène aujourd’hui disparue, avait eu en 87, une idée brillante: investir le Cirque d’hiver pour que le public soit au plus près de ce marathon.
Ici, les metteurs en scène réussissent à faire circuler avec fluidité les quarante interprètes avec fluidité: ce n’est déjà pas rien. Mais la scénographie est peu adaptée, nous sommes loin et à quelques moments, l’ennui commence à guetter… Les meilleurs moments? Ceux de ces derbys où ces jeunes interprètes tous très crédibles, courent autour d’un cercle de sable. Les moins bons: les pauses où-logique-il ne se passe pas grand-chose…
Et dans ce théâtre-danse, les acteurs ont quelque mal lancer leurs répliques et la fin va cahotant.. Mais le public-impressionné-voit bien, que, même après un siècle, l’emperruqué au visage maquillé d’orange pourrait aussi imaginer ce genre de conneries…
Allez, le concours est ouvert… Exemples: faire courir dans New York toute une armée de fonctionnaires, un marathon par couples pour essayer de garder son emploi, courir en solitaire à Gaza pour gagner un hectare de terre et s’y établir, élever pendant un mois puis tester à mains nues et en plein soleil, un second et très haut mur contre une prime de 2.00 $ et ainsi décourager les Mexicains à entrer aux Etats-Unis. Aller construire en un mois (voyage en avion-cargo payé, tente et sandwichs offerts) une maison au Groenland (seulement cinquante à gagner) après son achat forcé au Danemark par les Etats-Unis. Le texte d’Horace Mc Coy reste aussi juste qu’il y a un siècle et peut encore faire froid dans le dos…
Philippe du Vignal
Le spectacle a été joué du 1er au 5 avril au Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, Paris ( IV ème). T. : 01 42 74 22 77.
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