Odyssée, d’après Homère, adaptation et mise en scène de Pauline Bayle

Avec la création d’ Iliade et Odyssée, (voir Le Théâtre du blog), Pauline Bayle, a remporté l’an dernier le prix de la Révélation théâtrale du syndicat de la critique. Iliade avait été invité en tournée et a connu un vif succès; le directeur de la MC2 de Grenoble, Jean-Paul Angot lui proposa alors d’en réaliser la suite. Et il y a trois ans, la jeune actrice et metteuse en scène créa donc Odyssée, en adaptant ce récit composé en douze mille cent neuf vers et divisé comme L’Iliade en vingt-quatre chants. Cette épopée raconte le retour à Ithaque, contrarié pendant dix ans par des aventures extraordinaires, d’Ulysse héros prestigieux et fascinant de L’Odyssée : « Le héros aux mille expédients qui tant erra…, qui visita les villes et connut les moeurs de tant d’hommes ».
On peut voir ici les deux spectacles à la suite et on retrouve avec plaisir dans chaque mise en scène, cet esprit singulier et contemporain caractérisé par la même esthétique épurée et intemporelle… Aucune référence à l’Histoire sur le plateau et rien non plus de réaliste. Mais une belle utilisation métaphorique des objets : seaux, corde, sang, feu … pour mettre en vie les situations tragiques vécues par Ulysse, qu’elles soient violentes comme la guerre, ou plus poétiques, comme le retour à Ithaque, sa petite île : «Voir ne fût-ce que la fumée s’élevant de sa la terre… tant il est vrai que rien n’est plus doux que la patrie et les parents.» et son amour pour Pénélope…. A noter entre autres, dans cette adaptation, l’emploi fort subtil du mot: étranger à la place de hôte.
Et les cinq jeunes comédiens profèrent le texte avec vitalité, malice et émotion, en changeant sans cesse de personnage féminin ou masculin. Et cela fonctionne! Ici, le texte est concentré avec finesse sur des extraits surprenants d’actualité: toujours et encore les guerres dévastatrices, les complots politiques, l’exil, l’identité, la peur… jaillissent sans détour, laissant le public émerveillé et ému par ce récit des temps lointains mais soudain si proche de nous.
Pauline Bayle réussit là une adaptation exemplaire, en laissant briller cette épopée sans aucune musique, artifice, vidéo, costumes « d’époque » (tous les acteurs sont en jeans et T-shirt). Seule s’impose dans toute sa clarté et sa pérennité, L’Odyssée,cette épopée grecque composée, semble-t-il, après L’Iliade, vers la fin du VIII ème siècle av. J. C…
Elisabeth Naud
Iliade + Odyssée, (les deux parties peuvent être vues ensemble ou séparément), La Scala 13 boulevard de Strasbourg Paris (Xème). T. : 01 40 03 44 30, jusqu’au 2 juin.
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