Not I, conception, chorégraphie et interprétation de Camille Mutel
La chorégraphe convie le public, installé au plus proche d’elle, à partager un rituel précis et codifié, suivant les étapes d’une cérémonie du thé japonaise. La rencontre avec la danse butô et un séjour au pays du Soleil levant a été déterminante dans son parcours: «J’y ai croisé l’inverse de ma propre lenteur: corps sauvage convulsif, transgression, érotisme.» Ici, ni eau ni théière: une coupelle d’oignons, un étau, et un linge blanc soigneusement plié sur le plateau vide, délimité par de longues règles en bois.Très lentement, la danseuse, avec un long couteau fiché dans sa ceinture, se déplace au ras du sol. Ses gestes, mesurés, répétitifs, offrent à notre regard les plus infimes détails, soulignés par la lumière.
Dans quel but ces précautionneux déplacements ? Coutau entre les dents, elle se saisit d’un oignon qu’elle va trancher d’un coup, comme le ferait un samouraï avec son sabre. Une violence surprenante dans ce corps placide. Puis elle sacrifie un poisson frais sur une planche en bois. Un verre de vin offert à un des spectateurs clôt ces préparatifs de repas. La danseuse quittera cette Cène miniature, laissant en offrande à notre regard ces plats frugaux en forme de nature morte à la Chardin.
Effectués en silence, les gestes du quotidien décalés et décomposés obéissent à un rituel et à une chorégraphie. Ils dessinent une esthétique du banal où l’objet, les déplacements et postures prennent valeur symbolique. Le spectateur, pendant quarante-cinq minutes, est happé par ce cérémonial, en forme d’offertoire d’une messe païenne.«Je trouve, dit Camille Mutel, qu’il y a dans le rituel, une des choses les plus difficiles du vivant, refaire chaque jour les mêmes gestes, pour une traversée de vie nouvelle.» Elle nous incite à retrouver ici un sens et une valeur perdus, dans les travaux et les jours de la ménagère. »
Camille Mutel, après avoir circulé dans les milieux alternatifs en France et en Italie, a installé sa compagnie Li(luo), près de Nancy. Premier volet de la quadrilogie La Place de l’autre, cette pièce est conçue pour être jouée aussi bien dans un théâtre, qu’en plein air.
Mireille Davidovici
Spectacle vu le 14 avril, Espace Cardin-Théâtre de la Ville, 1 avenue Gabriel, Paris (XVlll ème). T. : 01 42 74 22 77.
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