Mrs Dalloway, c’est nous ! de Virginia Woolf, traduction de Nathalie Azoulai, adaptation du roman Mrs Dalloway et mise en scène de Magali Montoya
Mrs Dalloway, c’est nous ! C’est ce qu’affichaient les libraires dans leur vitrine en 1925, à la sortie du roman. Un immense succès et un chef d’œuvre: on n’échappe pas à la séduction de cette autrice dont l’écriture vous piège, vous prend dans ses filets en toute simplicité, avec élégance… Sous le nom de Mrs Dalloway, beaucoup de choses se cachent et se dévoilent. Le trouble de l’après- Grande Guerre, d’abord. Que faire de ce silence, des bombes et du bruit de la ville revenue à son agitation ? Le jeune Septimus y répond par le délire et le suicide. La douleur est aussi politique.
Clarissa est Mrs Dalloway, de par son mariage (on verra plus tard qu’elle aurait pu choisir un autre prétendant). Elle répond en se laissant traverser par la vie des autres, autant que par la sienne et est ce qu’elle voit. Passe une voiture majestueuse, peut-être celle de la Reine. Sonne Big Ben : c’est Londres avec son agitation et son prestige. Mrs Dalloway, comme perméable aux personnages qu’elle rencontre, aux images, à l’époque et à la ville, dessine en trois mots, un personnage par ce qu’il fait.
Ce roman porte-t-il en lui du théâtre? Oui. Jouer ce texte, le dire par cœur dans un espace théâtral défini, lui donner corps, nous fait remonter à sa création. L’actrice y inclut le spectateur, devenu à son tour perméable à ces mots et construisant avec Virginia Woolf, des images, touché par son humour. De temps à autre, le rire crée (ou manifeste) une complicité et l’écriture tape directement sur les points sensibles. «Bien vu, bien dit ». Et le sourire naît d’une mélancolie partagée.

Le critique peut toujours s’empêtrer dans ses analyses mais ce qui se passe sur le plateau est très simple, concentré sur le travail d’actrice de Magali Montoya, la metteuse en scène. Dans la petite salle du Théâtre de l’Echangeur, elle dispose d’un beau plateau, d’un portant avec quelques costumes et d’un piano. La musique viendra en rupture dans le récit. Comme les costumes: une robe verte ira à la recherche du temps perdu, un complet-veston, juste montré, évoquera un personnage ou les piétons de la City… Juste ce qu’il faut de signes pour une intensité maximale. Un travail de dentelière, pas du tout futile mais précis, technique, exigeant.
Magali Montoya avait mis en scène L’Homme jasmin d’Unika Zürn et La Princesse de Clèves de madame de la Fayette, dans le même esprit et avec la même rigueur tranquille (apparemment !). En cherchant dans le corps, la respiration, le souffle particulier d’une écriture au féminin. En attendant la rencontre avec d’autres autrices, elle prépare avec l’équipe qui l’a accompagnée pour Mrs Dalloway, un second et un troisième volet, avec une distribution plus large, jusqu’à une nuit passée avec Virginia Woolf. Nous avons hâte de les voir.
Christine Friedel
Jusqu’au 3 octobre, Théâtre de l’Echangeur, 59 avenue du Général de Gaulle, Bagnolet (Seine-Saint-Denis). T.: 01 43 62 71 20.
Laisser un commentaire