‘Ambre Kahan

Merlin ou la terre dévastée de Tankred Dorst, traduction d’Hélène Mauler et René Zahnd, adaptation et mise en scène d’Ambre Kahan

La grande fresque -assez touffue- du dramaturge et scénariste allemand (1925-2017) est fondée sur l’histoire de la recherche du Graal dans Perceval ou le Conte du Graal, œuvre inachevée de Chrétien de Troie (c. 1150) où il met en scène l’idéal chevaleresque qu’est l’amour courtois… Cela se passe à la cour du  roi Arthur, chef mythique de la résistance des Bretons, quand les Angles et les Saxons envahirent Irlande, Cornouailles, Pays de Galles, Armorique… 
Les personnages: Arthur, Merlin l’Enchanteur, conseiller du roi qui prédit le cours des batailles et entraîne à la quête du Graal, vase mythique, les chevaliers de la Table ronde. Assimilé au calice qui  recueillit le sang du Christ et qui sera déposé au centre de la fameuse table, il marque symboliquement l’instauration du christianisme sur la sorcellerie du monde païen médiéval.
Au début, belle image, on voit la grande épée 
Excalibur fichée dans un rocher et impossible à en retirer. Y arrivera pourtant le futur roi Arthur. Autour de lui, Perceval, les douze chevaliers de la Table Ronde dont Lancelot, figure emblématique de l’amour courtois, Tristan, Gauvain… Mais aussi le Roi Pêcheur, un Ange blanc. Et côté féminin, la fée Morgane, Yseult, Blanchefleur, la dame de Perceval, Guenièvre,  la femme du roi Arthur, séduite par Lancelot, son «beau doux ami», la fée Viviane dont dont Merlin dit l’Enchanteur, tombe amoureux.
L’objet, chez Chrétien de Troie, a une valeur exemplaire comme cette fameuse Excalibur ou
 le bouclier  qu’ offre Viviane à Lancelot et qui le guérit aussitôt de sa fatigue. Et au château du Roi pêcheur, Perceval voit un jeune homme tenant une lance d’un blanc éclatant mais d’où perlent des gouttes de sang. Deux jeunes autres tiennent des chandeliers en or et une jeune fille, un graal, petit vase enchâssé de rubis rouge qui répand une telle clarté que la lumière des bougies en perdent leur éclat.

On peut comprendre que les aventures-amours et guerres-des héros imaginées par Chrétien de Troie aient nourri, et nourrissent encore, des romans, peintures ( surtout au XIX ème quand on découvrait le Moyen-Age), opéras, comédies musicales, bandes dessinées, jeux vidéo… mais peu de pièces. Jean Cocteau avait créé Les Chevaliers de la table Ronde  en 37; le texte -pas bien fameux- avait été remonté par  Nicolas Briançon en 94. Puis Christian Schiaretti  créa Perceval le Gallois de Florence Delay et Jacques Roubaud.
Ce monde disparu continue à fasciner enfants et adultes. On ne vous détaillera pas cette longue histoire ici racontée sur plus de trois heures et demi… où à la fin,  après une grande bataille, Mordred, 
fils incestueux d’Arthur et de sa sœur Morgane, profite d’une absence du roi pour usurper le trône. Arthur et Mordred s’entretueront à la bataille de Salisbury où mourront aussi les chevaliers de  la Table Ronde. 

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Mettre en scène tous ces personnages était une belle idée pour un travail de sortie d’école. Mais l’équation est toujours difficile à résoudre, quand il faut réussir à faire travailler une quinzaine d’apprentis-comédiens, en leur donnant un ou des rôles qui leur conviennent et mettre chacun en valeur. Ce qui n’est pas le cas ici! Et sur une durée acceptable pour le public: élèves, enseignants de l’école, amis et familles et quelques professionnels venus «faire leur marché ».
Opération ratée! La réalisation d’Ambre Kahan atteint le degré zéro de l’écriture scénique avec un catalogue fourni des stéréotypes actuels: lumière crépusculaire, jets de fumigènes pendant tout le spectacle (pour nous, déjà les troisièmes en trois représentations !),  micros H.F. (la pire des choses pour faire débuter de jeunes interprètes), musique sous le texte (vieux truc facile et usé), percussions électroniques, abus de voix off, criailleries permanentes, éclairages stroboscopiques (ici, même pas signalés!), anciens sièges de salle où attendent les acteurs qui ne jouent pas : vieux truc aussi usé…. Tous aux abris!
Et il y a de graves erreurs: adaptation faiblarde, dialogues banals et pas clairs qui sentent l’impro à quinze mètres et que n’aident même pas sur un écran haut perché, les courtes phrases résumant les points essentiels de l’histoire… Mais peu visibles quand on est dans les premier rangs, à cause des fumigènes!, anachronismes faciles et vulgaires comme une pseudo-utilisation du G.P.S., costumes et sans unité et très laids (entre autres, des pantalons en toile plastique noir!), grande table ronde encombrante au centre de scène et gênant la circulation, manque évident de direction: certains ânonnent parfois leur texte, scène  érotique dans l’ombre et peu crédible, manque de rythme en permanence, combats mal réglés. Bref, le compte n’y est pas et l’ensemble distille un bel ennui sur plus de deux heures trente! Comment résister? A côté de nous, tout un groupe de jeunes spectateurs sommeillait et à l’entracte, a quitté la partie… Nous avons  hésité à en faire autant!
Le  texte du second volet nous a paru légèrement plus clair et mieux construit et, à l’extrême fin, il y a une image de guerre réussie. Mais c’est bien tout…  On va nous dire que nous ne sommes pas tombés sur le bon jour mais au théâtre, il n’y a pas d’excuses. Qui, au Centre Dramatique National de Limoges, a avalisé ce projet? Ce travail de fin d’études aurait dû le rester et n’être jamais présenté comme spectacle payant! Mauvaise image pour l’Ecole du Théâtre de l’Union. Et le public des Plateaux Sauvages mérite mieux que cette réalisation prétentieuse et vraiment  approximative… 

Philippe du Vignal   

Jusqu’au 26 septembre, Les Plateaux sauvages,  5 rue des Plâtrières, Paris ( XX ème).  T. :01 83 75 55 70 .

La pièce est publiée en français sous le titre Merlin ou la terre dévastée, traduction d’Hélène Mauler et René Zahnd,(L’Arche, 2005)

 


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