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Angry Bird de Bassa Djanikashvili, traduit du géorgien par Gery Clappier, Maia Kiasiashvili et Clara Schwartzenberg

gNHPcqyRZs8qr7V5tnWHdNeNPJjAm-mmoy64SMbfR_f5fg4iVcAu768NfXPGLs7OMR3j=s121L’auteur (quarante-six ans), est l’un des plus renommés de Géorgie et un producteur de radio et de télévision incontournable à Tbilissi, la capitale.
Ses textes ont été présentés en Russie, en Allemagne,  à la B.B.C., et à la Ferme du Bel-Ebat à Guyancourt  (Yvelines).

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Dans un village naît un conflit religieux. Autrefois vivant en bonne intelligence, ses habitants doivent maintenant faire face à une radicalisation d’un autre âge. Nora, la mère de  Khatuna (seize ans) qui a un petit ami Ghio, évoque la nouvelle mosquée à laquelle fait allusion son mari Hassan qui lui répond : Que vient faire la mosquée là-dedans? » Et Nora en colère réplique : «Tout ! Absolument tout ! Depuis que tu t’es impliqué dans la religion, les choses ont commencé à mal tourner. Le village entier nous évite. Or cela fait des années que nous y vivons. Depuis cet effroyable glissement de terrain, c’est notre seconde maison. Les gens d’ici nous ont acceptés, ils nous ont aidés à nous installer, ils ont fait preuve de gentillesse et de compréhension. Mais toi, tu restes bloqué sur tes idées ridicules. Alors dis-moi, que se passe-t-il ? -Je ne fais que prier, Nora. Et pas tant que ça, en réalité… Et je ne fais de mal  personne. -Je le sais bien, moi, que tu ne fais de mal à personne. Mais il y a un problème: tous les autres sont persuadés du contraire. »

Ces adolescents, l’un d’une famille chrétienne et l’autre d’une famille musulmane, «se découvrent mutuellement» autour d’une tablette électronique. Ils se retrouvent ainsi chaque soir pour jouer ensemble, alors que leurs pères tentent de se dresser contre ce rapprochement et que la tension monte tout autour d’eux. Ces Roméo et Juliette du Caucase décident de créer leur propre jeu:  plus brutal encore que la réalité  et qui prend alors un aspect prophétique. Dans ce village, les parents deviennent les  jouets d’une lutte cruelle et impitoyable qui aura une fin apocalyptique.

 Yoann Lavabre, auteur dramatique et directeur de la Ferme de Bel-Ebat à Guyancourt, a préfacé cette pièce exutoire qui traite de la montée de la peur entre communautés, à travers l’histoire d’un couple d’adolescents attisant la haine entre leurs parents,  jadis amis proches. L’œuvre, dit-il, emprunte son titre au jeu vidéo le plus téléchargé du monde  et ces jeunes désabusés manipulent leurs parents respectifs sur fond de conflit religieux  entre chrétiens et musulmans.

Sous forte addiction aux jeux vidéo, ces Roméo et Juliette de l’ère post-soviétique s’initient à la sexualité par le biais  d’une tablette numérique tombée du camion… Glaçant ! Ils voudraient que leurs pères se haïssent plus qu’ils ne le font déjà. «Comme le dégel du permafrost libère son lot de bactéries pathogènes jusque-là neutralisées par le froid », la fin du régime communiste génère une résurgence d’identités jadis refoulées. Des religions, ne reste en effet plus que des identités… sans aucune valeur. Chrétien ou musulman, chacun doit en effet correspondre à l’image stéréotypée la plus crasse possible. Les gamins jouent avec le feu dans l’espoir que survienne le pire. « Ce serait une bonne idée qu’il fasse tout péter, à commencer par l’école -on ne sait jamais, mieux vaut éviter l’éducation et le savoir, au cas où ça rendrait intelligent… »

Ces jeux vidéo violents ont-ils des répercussions néfastes? Ce que cherchent à élucider des chercheurs en psychologie. Chaque tuerie de masse trouve une explication facile quand autorités et médias dénoncent le fait que le criminel y jouait.  Même si des études sérieuses réfutent tout lien de causalité, rassurant la communauté des geeks offusqués. Ce débat passionné, dit Yoann Lavabre, rappelle la querelle d’un autre temps, celle qui opposait les détracteurs du théâtre à ses défenseurs, notamment au XVII ème siècle. Chez Bassa Djanikashvili, la violence de ces jeux vidéo ne canalise pas celle de l’homme. Ici, le monde des écrans contamine les personnages et l’on passe du règne de la déficience universelle, à celui de l’intelligence artificielle. Le bébé virtuel numérique prend le contrôle de ses pseudo-géniteurs pour les anéantir après qu’ils aient eux-mêmes fait s’entre-tuer leurs pères: Toma et Hassan …

A la fin, tout s’anéantit : « La chambre de Ghio et Khatuna prend feu. Le bébé-tablette observe la scène avec une grande attention. A la mort de ses parents, l’air joyeux, il jette un coup d’œil amusé au public. Un écran avec plusieurs espaces blancs, descend sur le plateau… Le bébé-tablette remplit les blancs et un texte apparaît : Prénom : Angry (fâché). Nom : Bird (oiseau). Age: 2 gigaoctets. Genre: 8 mégaoctets RAM. Confession : Android…. »  Le jeu est perdu mais Nora prend le bébé-tablette, le serre contre sa poitrine et fuira l’incendie, laissant là les corps sans vie de sa fille et de Giho. Une histoire à la fois universelle et inscrite avec dérision dans nos temps immédiats.

Véronique Hotte

Editions L’Espace d’un Instant, coproduction Culture Partages et La Maison d’Europe et d’Orient.

 

 

 


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