Livres et revues
Ubu/ Scènes d’Europe n° 68-69: Crises, résistances, révoltes
Tout un programme, en ces temps agités! En couverture de cette revue bilingue, une photo de Phia Ménard debout parmi les ruines de sa maison en carton dans Contes immoraux /Partie 1-Maison Mère (voir le Théâtre du blog). La révolte en France des Gilets jaunes, celle des Black Lives Matter au États-Unis, les manifestations en Algérie et, un peu partout, le mouvement Metoo, ont amené Chantal Boiron à s’interroger sur les échos de ces mouvements dans les théâtres aujourd’hui. «On assistait depuis des mois à des colères, à des mouvements contestataires partout dans le monde, de Hong-Kong, à Alger, de Beyrouth, à Paris, écrit la rédactrice en chef dans son éditorial. Nous voulions nous interroger sur la manière dont le théâtre s’empare de ces questions.» «Qu’est-ce qu’un homme révolté, écrit Albert Camus dans L’Homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas, c’est aussi un homme qui dit oui.» Et c’est à ces valeurs qu’adhèrent, dans le dossier central qui donne son titre au numéro, le dramaturge et metteur en scène britannique Alexander Zeldin et la journaliste Maïa Bouteillet avec Le Féminin comme lieu de l’insurrection.
Gérard Henry, écrivain français et correspondant de Courrier International à Hong-Kong, parle de l’espace scénique de ce territoire particulier. Avec le Hong-Kong Repertory Theatre fondé en 1977, qui présente des pièces classiques et contemporaines mais aussi la compagnie Zuni Icosahedron, plus expérimentale, qui a fait connaître Edward Lam, l’enfant terrible de l’île, avec des pièces où se conjuguent à la fois théâtre, danse et musique. Helen Lai, une chorégraphe chinoise exceptionnelle s’inspire, elle, de Franz Kafka, Italo Calvino, Gabriel Garcia-Marquez mais surtout d’écritures féminines. Son Her Story women of language, the language of women reprend des récits traditionnels de femmes du sud du Hunan.
A Hong-Kong, le théâtre s’ouvre aussi à la contestation: la jeune Ko Siu Lan présente des performances axées sur la liberté d’expression, explosant le langage pour le rendre subversif. Quant Tang Shu Wing, un des metteurs en scène les plus dynamiques, il va présenter ses créations en Angleterre et prépare un festival Shakespeare à Hong-Kong. Un historique de Chip Tsao complète ce tour d’horizon et permet de mieux comprendre les enjeux culturels et les révoltes dans l’ex-colonie britannique.
La Canadienne Astrid Tirel, au-delà de la polémique à propos de Kanata de Robert Lepage (voir Le Théâtre du blog), évoque le combat des artistes autochtones contre l’invisibilité de leur culture pourtant bien vivace… Odile Quirot revient, elle, sur Les Innocents, Moi et l’inconnue au bord de la route de Peter Handke, mise en scène d’Alain Françon. Et Jean-Pierre Thibaudat nous livre ses Chroniques… Ce numéro comprend aussi quelques pages de La Mer est ma nation, une pièce de la Libanaise Hala Moughanie, dont nous avons suivi le travail depuis qu’elle a obtenu le Prix R.F.I. 2015 (voir Le Théâtre du Blog). Ubu nous invite au voyage, alimente nos souvenirs et ouvre le débat. Chaque livraison est une mine: rien de mieux, quand on est privé de théâtre comme aujourd’hui…
Mireille Davidovici
Ubu 217 boulevard Pereire, 75017 Paris. T. : 09 87 15 71 79. www.ubu-apite.org

Drumming d’Anne Teresa De Keersmaeker
Un livre consacré à Drumming (1998), une chorégraphie d’AnneTeresa De Keersmaeker, fondée sur la composition éponyme de Steve Reich (1971), les costumes fluides et lumineux de Dries Van Noten et la scénographie rigoureuse de Jan Versweyveld.
Avec d’abord un commentaire de l’œuvre par Noé Soulier, Tessa Hall et Julia Rubies Subiros des anciens élèves de PARTS, l’école de danse de la chorégraphe. Suivi d’un texte de Gilles Amalvi et d’un entretien avec elle.
Il y aussi une série de photos pleine page en couleurs d’Anne Van Aerschot et Herman Sorgeloos. Le livre n’est pas épais mais dépasse en hauteur (soit 33,5 cms) celle de notre dictionnaire Littré de 1878. La partie images satisfera les amateurs de danse et d’art plastique, d’autant plus que la maquette évite la joliesse et que le papier grenu a un aspect brut.
La chorégraphe se dit autodidacte mais… elle est passée par Mudra, l’école bruxelloise de Maurice Béjart et reconnaît l’influence de Trisha Brown avec ses «phrases très longues qui se développent en spirales suivant le nombre d’or. » L’élève de Fernand Schirren fut sensible au rythme de la musique de Steve Reich, qu’elle qualifie « d’invitation à la danse ». Le compositeur donna son accord pour que sa partition soit réduite de trente minutes et qualifia d’«heureux compromis», le rapport musique-danse, en synchronie, comme en contrepoint. Drumming, la musique et la pièce, visant à «maximaliser le minimum. «
Nicolas Villodre
Editions Fonds Mercator, 128 p. 30,00 €.
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