Les Monologues du vagin de V (Eve Ensler), mise en scène d’Aurore Auteuil
Eve Ensler, dramaturge et féministe américaine (soixante-douze ans) qui avait été violée par son père quand elle était très jeune, a écrit ce texte qui a été créé avec succès à Broadway en 96 et qui a ensuite été traduit en quarante-neuf langues et joué dans plus de cent-trente pays! Rarissime pour une pièce de théâtre contemporain!
Nous avions vue la première version de cette pièce, au titre alors assez provocant, à sa création en France, dans la mise en scène assez conventionnelle d’Isabelle Rattier et où jouait déjà… Aurore Auteuil: elle reprend cette pièce au studio Marigny (note à benêts : c’est la seconde et belle salle du théâtre Marigny créée en 54 par Jean-Louis Barrault). L’autrice a eu l’idée de rassembler de très nombreux témoignages de femmes sur leur vagin et sur le bonheur d’être femme, d’avoir la joie des relations amoureuses et de donner la vie. Mais aussi de subir les violences infligées à ce vagin et au corps de la femme. Règles humiliantes et secrètes, voire douloureuses, excisions encore très pratiquées en Afrique et Indonésie, parfois suivies de mort, viols collectifs, prostitution forcée. Le corps féminin n’est pas toujours à la fête et cette piqûre de rappel n’est en rien inutile, même en France…

C’est un nouvelle version ( 2017) de ce texte à trois voix, plutôt monologué, parfois choral en une heure dix. Aurore Auteuil remet donc le couvert avec Galia Salimo, à la voix rauque, assignée garçon à la naissance, ancien mannequin et danseuse de revue qui a joué Joséphine Baker à l’Alcazar, et Camille Léon-Fucien d’origine africaine, actrice de cinéma et de séries télé. Et elle-même, Aurore Auteuil. Soit trois femmes de soixante-quinze, vingt-sept et quarante-quatre ans, donc à trois âges de la vie, comme le désire Eve Ensler.
«En découvrant ce texte, dit la metteuse en scène et actrice, m’est venue l’idée de donner vie à ses mots à travers le corps , la bouche d’une d’entre elles. Celle qui s’est débattue avec ce que la nature, à contre nature, elle qui a vu le jour, petit garçon. «
Sur le plateau, un gradin à cinq niveaux où sont assises les interprètes, brochure en main mais qu’elles ne liront pas. Seule, Camille Léon-Fucien s’avancera parfois vers le public. Sans doute le texte est-il un peu daté (depuis Mi-Tout est passé par là!). Mais il garde encore une bonne dose de provocation et la parole de ces femmes reste intemporelle, surtout quand elle est portée comme ici, avec humour et bienveillance dans la mise en scène rigoureuse -mais un peu trop statique- d’Aurore Auteuil.
Ici, aucun micro H.F, aucune voix off, aucun fumigène, aucune lumière stroboscopique (ouf! cela fait du bien), aucun décor… Mais le texte, le texte, juste le texte, très bien dit (merci, le Conservatoire National) par Camille Léon-Fucien qui a une belle présence et par Aurore Auteuil. Moins bien par Galia Salimo (encore un effort à faire côté diction!). A la fin, une musique rock apporte une note joyeuse et bienvenue. Mais comme on est dans un théâtre privé, les places ne sont pas données : 55, 45, 35, et 25 € mais tout en haut. A vous de voir.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 23 décembre, (uniquement lundi et mardi), Studio Marigny, carré Marigny, Paris (VIII ème). T.: 01 86 47 72 77.
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