Les Enfants éblouis, texte et mise en scène d’Yan Allégret
Un écran reflète l’eau à peine agitée aux pieds d’un homme seul dans son fauteuil. L’eau et la lumière nous entraînent vers ce qui sera un long poème de la mémoire : toute une vie en une journée, pour un homme qui bouge à peine… Une image simple et belle. De la mémoire remontent des bribes de vie, imaginaires ou anciennes, mêlés aux instants empêchés du présent.

C’est souvent très beau, quand remonte le souvenir d‘une maison d’enfance, d’un arbre bienfaisant, jusqu’à ce que reviennent, pour la joie de l’homme immobile, « les enfants éblouis ». Le passé n’est pas le regret, mais l’illumination qui peut revenir à tout moment de la vie. La Joie, dit l’auteur, citant Christian Bobin.
Mais la composition même du poème, avec ses allers et retours, et contours, malmène l’attention du spectateur. Et l’abus de la voix off fatigue. Pourtant, faire théâtre de ce poème, c’est possible avec un acteur de la trempe de Yann Colette. Environné, obsédé par cette voix off, il a d’abord d’infimes sursauts, comme s‘il percevait quelque chose qu’il ne peut identifier. Peu à peu un mot lui vient, un autre… Il reprend la parole et retrouve en lui l‘enfant ébloui.
Et lui, Yann Colette, nous éblouit par l’intensité de sa présence d’abord silencieuse, par la grâce des mouvements qu’il esquisse après une longue attente, près de faire craquer le public. Un défi sans doute nécessaire… Il fallait que la parole, la danse de l’acteur naisse d’une longue contrainte. À voir, pour rencontrer un acteur rare.
Christine Friedel
Le spectacle sera repris en 2021 au Nouveau Gare au Théâtre, Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) ensuite à l’Échangeur (Seine-Saint-Denis). Puis Théâtre de la Tête Noire-Scène conventionnée pour les écritures contemporaines, Saran (Loiret).
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