Les deux frères et les lions

Les deux frères et les lions, texte d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, mise en scène de Vincent Debost et Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

 

 A12_7808p-190x190 Ils ont de drôles de dégaines un peu allumées, habillés d’un même pantalon de sport apprêté et kitch couleur bleu pétrole, façon détente pour un week-end bien mérité dans leur manoir de Brecqhou sur les îles anglo-normandes.  
Satisfaits et contents d’eux, ces Dupont et Dupond souriants et absents déroulent, le temps de la représentation, leur «histoire» aux allures de conte : ils ont atteint, en dépit de tout, pour des citoyens pauvres, à l’une des plus grandes fortunes de Grande-Bretagne.
Un parcours en creux d’autodidactes immigrés écossais de seize ans dans les années cinquante, installés dans un quartier populaire de Londres et qui ont su profiter de l’industrialisation des Trente Glorieuses, avec l’essor effréné du capitalisme, suivi… de dérives financières dès 1980.
Ces  héros de l’entreprise ultra-libérale déchantent, quand ils veulent transmettre leurs biens  accumulés à leurs filles.
Installés au large de l’île anglo-normande de Sercq, ils découvrent que ce paradis fiscal, domicile de leur empire, est régi par le droit normand au mode successoral privilégiant les fils et ignorant les filles. Une histoire à dormir debout qui n’en est pas moins vraie, et l’Europe de la Cour européenne des Droits de l’homme tranchera en faveur de ces milliardaires.
L’humiliation subie par les jumeaux à leurs débuts est un moteur qui ne se grippe pas : vendeurs à la criée du Daily Telegraph, ils inventent les avantages d’un abonnement pour la presse quotidienne. Mais leur idée est rejetée par les tenants londoniens du journal, méprisant, sans les écouter, ces plébéiens issus d’Okney.
Mise en scène ludique et divertissante au possible, un peu trop appuyée par les deux acteurs qui jouent en force, prenant appui sur un gros comique gestuel de répétition pour interpréter ces jumeaux, pantins tout à fait  semblables dans leur comportement social.

Leur jeu est chorégraphié avec soin ; les héros se lèvent brusquement de leur fauteuil de château pour invectiver le monde en témoignant avec rage de ses absurdités. Et la vidéo de Christophe Waksmann propose quelques retours en arrière sur le passé constructif de cette fratrie entreprenante et amusée, accompagnée par la musique originale de Nicolas Delbart, utilisée comme une bande-son de cinéma. Mais le spectacle tourne vite au numéro de cabaret de deux clowns sympathiques…

 Véronique Hotte

 Théâtre des Halles, jusqu’au 26 juillet à 17 h.

 


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