Les Dernières Geishas, mise en scène et interprétation de Shingo Ôta et Kyoko Takenaka

Festival d’Automne à Paris

 Les Dernières Geishas, mise en scène et interprétation de Shingo Ôta et Kyoko Takenaka

Le mot japonais geisha signifie : «personne pratiquant l’art» et dépositaire de la tradition. Danse, musique (tambour et instruments à cordes), chant, poésie, calligraphie, maniement de l’éventail… une geisha doit avoir toutes ces compétences. Contre rémunération, elle tient souvent compagnie et distrait les riches hommes daffaires, à l’occasion de banquets, cérémonies du thé ou événements prestigieux.

Les premières ont été des hommes mais, au XIX ème siècle, cette profession devient exclusivement féminine. Jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, elles étaient très nombreuses, notamment à Kyoto. Puis, leur nombre a diminué et il en reste environ cinq cents. Leur formation commence à l’adolescence et dure cinq ans. Aspect physique codifié: visage maquillé en blanc, lèvres en rouge vif, cils et sourcils en noir, chignon traditionnel sophistiqué, semelles compensées de bois, kimono en soie aux caractéristiques variant selon l’âge. L’amalgame entre geisha et prostituée traîne à tort dans l’imaginaire des Occidentaux….
Le cinéaste et comédien Shingo Ôta, et l’actrice Kyoko Takenaka ont rencontré ces femmes qui continuent de faire vivre cette culture. Ils ont suivi leurs cours et répété leurs danses, et ont joué dans les banquets traditionnels. Nous les retrouvons sur scène en kimonos appartenant à Hidemi, la dernière geisha de la station thermale de Kinosaki. La pièce a été jouée sous une forme plus courte, au Japon, dans les villes où il y a encore des geishas, comme Kyoto et Kanasawa.

© Pierre Grosbois
© Pierre Grosbois

Pour ces représentations, les artistes ont ajouté des extraits des vidéos réalisées quand ils sont allés dans les écoles de geishas. Ils montrent en particulier, leurs répétitions avec Hidemi, qui est venue les rejoindre aux saluts. Après une partie proche d’un théâtre documentaire, Kyoko Takenaka interprète une danse gracieuse, Itako dejima, puis Shingo Ôta, joue une performance plus virile, Yakko-san, un moment bouleversant les codes traditionnels et qui fait basculer le spectacle vers une représentation plus iconoclaste.

La comédienne veut édicter de nouvelles règles pour la geisha: entre autres, s’assoir un peu durant la cérémonie et manger les restes du banquet pour éviter le gaspillage alimentaire. Ces artistes se lancent aussi dans une danse illustrant deux moments emblématiques de la victoire japonaise aux Jeux Olympiques de Tokyo ! La musique du guitariste Kazuhisa Uschihashi qui les accompagne, s’inspire de l’ambiance sonore des banquets traditionnels.

On retient de cette pièce, un touchant travail de mémoire sur le monde perdu de l’ancien Japon. Comme le dit justement Shingo Ôta, dans un beau monologue: « On dit que nous mourons deux fois. La première, quand notre corps s’éteint. La seconde, quand notre existence disparaît de la mémoire de celles et ceux qui sont restés. » ( …) «Grâce au travail de transmission de mes prédécesseurs, les codes de la danse traditionnelle sont parvenus jusqu’à nous. Je les remercie de nous faire revivre, par leur savoir, les paysages et les coutumes des anciens. »

 Jean Couturier

 Spectacle joué du 15 au 19 novembre, Maison de la Culture du Japon, 101 bis quai Jacques Chirac, Paris (XV ème). T: 01 44 37 95 95.

 

 

 


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