Le Mariage forcé de Molière, mise en scène de Louis Arene
Créée au Studio-Théâtre de la Comédie-Française en 2022 et reprise au Théâtre du Rond-Point l’an passé, ce spectacle revient au Vieux-Colombier, pour le bonheur du public. Ici, inversion des rôles: Sganarelle est joué par l’extraordinaire Julie Sicard et Dorimène, par François de Brauer, fidèle du Munstrum théâtre et seul comédien extérieur à la Comédie-Française. Gaël Kamilindi joue Alcidas, Géronimo et une Bohémienne, Benjamin Lavernhe incarne Pancrase, Lycaste et une Bohémienne. Sylvia Bergé joue Alcantor et une Bohémienne.

Pour le metteur en scène et créateur avec Lionel Lingelser, du Munstrum Théâtre: «Cette inversion des rôles est un procédé comique très efficace et en même temps, révèle les inégalités de genre, omniprésentes à l’époque de Molière, et malheureusement toujours actuelles. Avec une grande habileté, il fait de la jeune épouse soumise, une prédatrice relativement émancipée. Et, quant au bourgeois, fier et orgueilleux, c’est une proie, victime de sa propre vanité, et dont la virilité va être broyée. »
De manière surprenante, le mariage, cellule patriarcale par excellence, devient pour Dorimène, un outil de réappropriation de sa liberté. Espace inhabituel pour une farce de Molière, la scénographie signée Éric Ruf et Louis Arene, est une boîte au sol pentu, toute en lattes en bois blanc où Sganarelle sera mis en danger.
Les costumes -exceptionnels- de Colombe Lauriot-Prévost accompagnent cette farce audacieuse et drôle qui va basculer dans une violente folie, comme Orange Mécanique, le film de Stanley Kubrick (1974). Les interprètes jouent tous masqués et des prothèses apparentes accentuent le caractère de leur personnage à un rythme qui s’accélère. De fausses portes claquent, des trappes s’ouvrent, le tout avec une précision remarquable. (Très justement, les régisseurs-plateau salueront avec les acteurs). Cette mise en scène révèle bien le machisme ordinaire… Et le tableau final, avec le mariage du vieux et riche Sganarelle qui désirait épouser une belle jeune femme («Je serai maître de tout. ») basculera dans une violence jubilatoire. Vu les exigences financières de l’heureuse élue, Sganarelle se rétractera. « Me voilà tout à fait dégoûté de mon mariage. »
Mais il épousera Dorimène, sous la contrainte physique des autres personnages… Il en devient pitoyable et on aurait presque envie de le plaindre. La première rencontre avec Dorimène est d’une belle justesse. « C’est une fille qui me plait.», dit-il, prenant à témoin le public. Elle, apeurée derrière son ombrelle, subit les avances physiques et mentales d’un Sganarelle répugnant. Cette scène, d’une cruelle réalité, symbolise les violences quotidiennes faites aux femmes depuis une éternité. Avec cette farce, Louis Arene réussit à montrer les travers odieux de l’âme humaine, ce qu’avait déjà aussi très bien dénoncé Molière, à son époque…
Jean Couturier
Jusqu’au dimanche 2 novembre, Théâtre du Vieux-Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, Paris (VI ème). T. : 01 44 58 15 15.
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