Le Chant des Lions de Julien Delpech et Alexandre Foulon, mise en scène de Charlotte Matzneff
Le spectacle avait été joué l’an passé dans le off à Avignon. Cela se passe d’abord en 1933, donc avant la seconde guerre mondiale, il y a presque un siècle ! Puis les auteurs essayent de raconter la vie sous l’Occupation allemande sur fond d’anxiété permanente: sirènes parfois plusieurs fois par jour, descentes aux abris, froid (pourquoi pendant les guerres, disaient nos mamans, fait-il toujours aussi froid?- pénurie de médicaments, nourriture, vêtements, passage de V2 dans le ciel …

Mais aussi la montée de la Résistance avec radios et livraisons d’armes clandestines: le remarquable environnement sonore, signé Mehdi Bourayou, est bien réalisé. Lui-même, aussi sur scène, assure les bruitages et joue quelques personnages secondaires. Le spectacle lui doit beaucoup. Germaine Sablon (Marina Pangos) une chanteuse comme son frère Jean Sablon, alors très connue, est la vedette du cabaret de Darrier (Thierry Pietra). Parmi le public, Joseph Kessel, écrivain et aviateur (Eric Chantelauze, une des voix à l’impeccable diction, de la S.N.C.F.), sa compagne Katia (Élodie Colin) et son neveu Maurice Druon (Thibault Pinson). Germaine et Joseph tombent amoureux mais la France déclare la guerre à l’Allemagne qui l’occupera. Joseph, Germaine, Katia, Maurice, Darrier, et une jeune femme dite la Carpe feront alors partir des réseaux actifs de la Résistance.Certains iront en Angleterre où sont déjà les services du Général de Gaulle.
L’histoire d’amour-authentique- de Germaine Sablon et Joseph Kessel rejoint alors la grande Histoire, quand sera créé le célèbre Chant des partisans. La mélodie écrite par Anne Marly compositrice française d’origine russe- est devenue en mars 43, devient sifflée l’indicatif d’Honneur et Patrie, une émission diffusée par la B.B.C. Les paroles en français sont écrites deux mois plus tard par Joseph Kessel et Maurice Druon, son neveu qui l’admirait beaucoup. Ils venaient de rejoindre les Forces françaises libres à Londres.
Germaine Sablon, alors compagne de Joseph Kessel, l’interprètera, dès le lendemain, dans le film Three songs about Resistance. Et ce Chant des partisans arrivé clandestinement par avion en France, furent vite célèbres: « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines/ Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne, /Ohé! Partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !/ Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.
Une scénographie figure les différents endroits où se passe cette histoire: bar, scène, compartiment de train studio d’enregistrement… Mehdi Bourayou a composé la musique du spectacle, envoie aussi les bruitages et il incarne quelques personnages secondaires, dont celui d’un standardiste. Le spectacle lui doit beaucoup. Mais l’ensemble dégouline de bons sentiments et les dialogues comme la distribution, sont trop approximatifs. Et la direction d’acteurs est aux abonnés absents. Bien entendu, nous aurons droit à notre petite dose -quotidienne- de fumigènes, et cette fois dans une lumière rouge!
Enfin, il y a un moment réjouissant, juste après la fin, quand, au premier rang, quinze choristes amateurs se lèvent et un des acteurs propose alors au public de reprendre avec eux, ce Chant des partisans. Là, il se passe enfin quelque chose d’émouvant. Pour le reste, à vous, de décider…
Philippe du Vignal
Théâtre Tristan Bernard, 64 rue du Rocher, Paris (VIII ème ). T. : 01.45.22.08.40.
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