Le cas Dominique de François Dolto, adaptation et mise en scène de Nathalie Boutefeu
L’autrice (1908- 1988) est bien connue pour avoir été une remarquable pédiatre et psychanalyste, en particulier d’enfants et a mis l’accent sur une thérapie fondée sur l’écoute de l’inconscient et la parole donnée aux enfants vus comme des personnes mais avec des mots qui leur soient accessibles.
Elle prenait bien soin aussi de noter tout ce qui pouvait chez les enfants faire langage: gestes, attitudes, regards mais aussi dessins représentant leur propre corps dont la prise de conscience est une étape de sa structuration mentale et voyait comme essentiel de ne pas leur mentir à un enfant qui est toujours pour elle un sujet à part entière: « On ne peut mentir à l’inconscient, il connaît toujours la vérité. » « L’enfant a toujours l’intuition de son histoire ; si la vérité lui est dite, cette vérité le construit. »

Elle va ainsi aider en douze séances, Dominique, un adolescent psychotique, à s’extraire d’un cocon familial qui a commencé à le détruire: père ingénieur en Allemagne où il a probablement une autre vie et mère qui, à la limite de l’inceste, dort toujours avec l’un de ses trois enfants.
Ce que Dominique adolescent, inconsciemment mais de façon évidente, ne supporte plus. «Quelquefois, en m’éveillant je pense que j’ai subi une histoire vraie. Françoise Dolto : « Qui t’a rendu pas vrai ». Dominique : « Oh! Vous alors, comment vous savez tout ça ? » Ce sont des mot fabuleux qui font naître un théâtre qu’on pourrait qualifier de « psychique » et c’est une bonne idée que d’avoir voulu mettre en valeur, le travail de Françoise Dolto.
Ici, on voit brièvement sa mère venue accompagner son fils (Nathalie Boutefeu) chez la psychanalyste. Sur cette petite scène aux murs noirs, juste un bureau avec quelques dossiers, un téléphone, deux chaises et quelques jeux pour enfants et de la pâte à modeler.
Exceptionnelle de vérité, la grande Bernadette Le Saché, en blouse blanche, EST Françoise Dolto. Elle écoute Dominique, tendue vers la moindre parcelle de ce qu’il dit ou ne dit pas. Rien ne lui échappe. Et ses silences ,toujours justes, sont eux-même aussi impressionnants et révélateurs, que sa parole adressée à Lucas Bottini, lui aussi exemplaire de vérité dans son oralité comme dans sa gestuelle.
Ce jeune acteur d’une vingtaine d’années à la diction impeccable- ce qui devient rare- est absolument crédible dans ce rôle d’adolescent psychiquement très atteint. Et le public va assister comme avec un miroir grossissant au lent commencement d’une sortie de cet enfer familial créé par une mère envahissante et castratrice. Et dans la vie? Il semble que Dominique ait réussi à s’en sortir et à devenir potier. Mais François Dolto l’aurait perdu de vue.
C’est un théâtre de l’intime qui ne pourrait pas être joué dans une salle plus grande. Et en une heure quinze, la messe est dite- et bien dite- en quinze courte séances. Il n’en faudrait pas plus mais la mise en scène de Nathalie Boutefeu est d’une belle clarté et elle a su éviter tout pathos. Il y a parfois quelques longueurs mais c’est la rançon de la vérité, même si le texte a été adapté. Loin des grandes machines souvent peu convaincantes, ce spectacle démontre que le théâtre avec quelques acteurs, peut encore sonner fort et juste. Ce serait bien que Le cas Dominique soit repris ailleurs…
Philippe du Vignal
Jusqu’au 20 septembre, Théâtre du Chariot, 77 rue de Montreuil, Paris ( XII ème) . T : 01 48 05 52 44.
Le cas Dominique de Françoise Dolto, est paru aux éditions du Seuil.
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