L’Avenir des reflets, texte et mise en scène  de Lazare

L’Avenir des reflets, texte et mise en scène de Lazare

Cet auteur et metteur en scène reconnu (voir Le Théâtre du Blog) ouvre un nouveau cycle théâtral: La Comédie du mauvais sang. Avec d’abord, cette création à propos de la Révolution française où on trouve entre autres et au centre,  Marat et Olympe de Gouges dont on a contesté la légitimité quand elle parlait justice, égalité, lutte contre l’esclavage, refus de la peine de mort… On aperçoit aussi Danton, Robespierre, Théroigne de Méricourt, Camille Desmoulins…
« Ils sont réunis par l’amour de l’écriture et de l’édition et la conviction de la puissance de mouvement et de soulèvement de la parole contre l’ordre qui fait chanceler les plus faibles, dit Lazare. (…) En creusant dans les échos d’une mémoire personnelle et familiale, j’ai construit une œuvre où des personnages naissent et se heurtent dans les rêves, le refoulé et les trous de l’Histoire de France. Je suis arrivé à un moment de ma vie où je ressens la nécessité d’ouvrir mon écriture à des espaces nouveaux. Face à la maladie du monde et à l’impuissance de la révolte, ce sont des figures et des images de l’institution de ceux qui ne sont pas mes aïeux – la Révolution française – qui viennent me hanter. Dans L’Avenir des reflets, les personnages, les récits et les mythes de la Révolution traversent le temps pour apparaître, reflets directs des batailles de notre état de vie. »

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Ce n’est pas, pour Lazare, l’occasion de retracer l’histoire même de la Révolution française mais d’imaginer, si nous avons bien compris, une sorte de fresque poético-politique avec des moments de vie intime ou collective de célèbres personnages  Ici, joués par toute une équipe singulièrement efficace d’actrices et d’acteurs. Et certains sont aussi parfois musiciens.
Anne Baudoux (Madame de Lamballe, Madame de Venus…) Ava Baya (excellente Olympe de Gouges) joue aussi Ninon de Lenclos, un homme de Bailly, imprim’espion). Jérôme Billy (Beaumarchais, docteur, un perroquet, un propriétaire de plantations, l’imprimeur Meunier, Louis XV, un fermier général,  un valet du Roi…), Myrtille Hetzel (Lamartine, Chérubin, Marie-Thérèse d’Autriche).
Gabriel Tur (le Marquis de la Fayette, Robespierre, un journaliste radio, un docteur, cocher, Nicolas-Edme Restif de la Bretonne, le chien d’Olympe, Molière, un soldat, Brissot, imprim’espion). Et exceptionnel, très souvent sur le plateau, Denis Lavant interprète surtout Marat mais aussi le chat d’Olympe, un commissaire, un mouton, Théroigne Méricourt, Marie-Antoinette, un enfant pauvre, un garde, le singe d’Olympe, Louis XVI, Nicolas…)
Et l’ensemble arriverait à fonctionner sur trois heures vingt, avec un court entracte de dix minutes? Absolument pas, même si Lazare sait créer de belles images, comme cette scène de revendications avec une grande banderole. Tout se passe comme si Lazare semblait avoir voulu se faire plaisir et les intentions sont un poil prétentieuses, du genre: « Il n’actualise pas l’histoire : il en ravive la charge de questionnement, afin que le passé redevienne une force active dans notre présent. » (…). La pièce interroge cette puissance ambivalente du langage : sa capacité à éclairer comme à blesser, à rassembler comme à diviser, à produire du commun, comme à imposer une violence. Les mots n’y commentent pas l’action; ils en constituent l’un des lieux essentiels.  »

 

© Felice d'Agostino
© Felice d’Agostino

Pourquoi pas? Mais malgré ces pieuses intentions quant au rôle du langage au théâtre, Lazare a bien du mal à faire décoller ce spectacle! Il a pourtant certainement disposé d’un budget conséquent. Malgré une direction d’acteurs précise, les belles lumières de Philippe Bertomé, les costumes réussis de Marion Xardel, la puissance des acteurs, en particulier Denis Lavant, brillantissime. Malgré aussi quelques phrases musicales bienvenues, chantées et/ou jouées sur scène.
Rien à faire, le texte, bavard et trop long, sans fil rouge ni véritables personnages, distille vite un ennui pesant. Après le court entracte, la salle, déjà pas bien pleine, s’est encore vidée. Ce qui devrait quand même faire réfléchir l’auteur et metteur en scène qui assistait à cette représentation… 

Il maîtrise pourtant bien l’espace que lui offre ce grand plateau mais la scénographie compliquée de Marguerite Bordat avec escaliers, galeries, praticables, trappes… ne facilite pas le jeu et déconcentre le regard. Et Lazare gère beaucoup moins bien le temps! Un défaut de nombreuses réalisations actuelles et ces trois heures vingt -interminables- ont été fraîchement applaudies. Dommage! Il y a ici un « travail en cours » avec un univers poétique intéressant qui gagnerait à être mieux exploité. Il n’est pas trop tard et si Lazare pratiquait de sérieuses coupes, le spectacle gagnerait en clarté. Pour le moment, nous ne pouvons vous conseiller d’aller voir cet Avenir des reflets.

Philippe du Vignal

Jusqu’au  20 juin, Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris ( XX ème). T. : 01 44 62 52 52.  

Les 11 et 12 février, Le Mixt-terrain d’arts en Loire-Atlantique. Le 17 février, La Passerelle-Scène nationale de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor).

Le 1er avril, Bonlieu-Scène nationale d’Annecy (Haute-Savoie). Les 14, 15 et 16 avril, Théâtre National de Bretagne-Centre Dramatique National, Rennes ( Iles et Vilaine). Les 27 et 28 avril, L’Empreinte-Scène nationale Brive-Tulle (Corrèze).


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