Lac artificiel, de Marine Chartrain, conception et mise en scène Céleste Germe, collaboration artistique et interprétation Maëlis Ricordeau

Lac artificiel de Marine Chartrain, conception et mise en scène de Céleste Germe 

Quelque part au bord d’une route, dans ces zones incertaines en lisière des villes où peut s’installer une vague base de loisirs ou une boîte de nuit près d’un bois. Personne. De toute façon, on ne voit rien, c’est la nuit. Deux filles sont à la recherche d’une « soirée» qui devrait se passer dans le coin. Mais rien.
Elles cherchent, se font peur et se rassurent. Les «meilleures amies », les sœurs siamoises, sont prises au piège de la forêt et de leur entêtement à trouver cette soirée salvatrice, une lumière, des potes. Des phares, mais aucune voiture ne s’arrête. Salies par la boue du chemin, griffées par les ronces, écrasées par la voûte céleste et une rêverie cosmique dans une nature trop vaste, elles se perdent et s’enlisent.

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La pièce pourrait être  aussi un scénario ou une nouvelle : Céleste Germe et le collectif Das Plateau, avec la collaboration artistique et l’interprétation de Maëlis Ricordeau, de Jacob Stambach (son et de Sébastien Lefèvre (lumière), en ont fait du théâtre… L’idée juste, la vraie trouvaille: la confier à une comédienne unique.
Cette lecture jouée n’est pas une étape en vue d’un spectacle mais une magnifique performance d’une grande force poétique où l’actrice suggèrent  un no man’s land.
Juchée sur un dispositif en plexiglass, sorte de bureau surélevé, qui capte de brefs assauts de lumière et élargit l’espace à toute la profondeur du plateau, la comédienne, de tout son corps et avec les deux voix qu’elle s’est donnée, joue Salomé et Laura, l’une plus fébrile, l’autre plus autoritaire, plus rassurante… ou cherchant à se rassurer.

Céleste Germe avec ce récit, crée une atmosphère de conte effrayant: présence hostile de la forêt, évocation d’un lac invisible et d’une fête introuvable qu’on imagine plus proche des «quartiers sensibles», que de celle du Grand Meaulnes (1913), le célèbre roman d’Alain-Fournier. Pas de prince charmant ni fée pour les sauver, ni catastrophe mais leur lien se déchire. En arrière-plan social qui ne se fait pas oublier, les désirs et angoisses de l’adolescence, la solitude et la dépendance aux autres, le manque de confiance en soi: seul héritage garanti aux classes, dites modestes… Ce Lac Artificiel nous donne une belle nuit, inquiétante et touchante: une réussite.

 Christine Friedel

 Théâtre Ouvert, jusqu’au 12 avril, 159 avenue Gambetta, Paris (XX ème). T : 01 42 55 55 50.


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