La Vengeance est un plat ou la lamentable histoire de Titus et André Nicus, textes de Sophie Perez, Pacôme pour les deux premiers actes, et de William Shakespeare, mise en scène et scénographie de Sophie Perez
Les titres des spectacles de la compagnie Zerep fondée en 98 ressemblent à ceux de bandes dessinées d’Edika : Purge Baby Purge, Biopigs, Broute Solo, Deux Masques et la plume… Avec cette libre adaptation de La très lamentable tragédie romaine de Titus Andronicus de William Shakespeare, la première pièce de l’auteur mythique, elle continue à brouiller les pistes…Le grand Will est ici qualifié de «trentenaire bisexuel, pas encore entré au panthéon du Théâtre avec œuvres philosophiques». Un comédien énumère les mises en scène qui ont marqué l’histoire de cette pièce et, dit-il, « ils ne comprennent pas, ici, ce n’est pas le public du Théâtre de la Colline ou de l’Odéon-Ateliers Berthier! »

Difficile de reconnaître ici la tragédie initiale! Cet assemblage hétéroclite d’effets de théâtre amateur fait pourtant mouche auprès de certains spectateurs : les personnages vivent des meurtres d’enfants, des viols, du sang et des larmes. Et Sophie Pérez dénonce l’hypocrisie des bobos professionnels signant des pétitions dans leur propriété en Sologne et qui se retrouvent «en Avignon » à des cocktails à l’hôtel de la Mirande! Sophie Perez fait même déclamer une vraie critique savante écrite par elle.
Des ratages en cascades font dire à une comédienne: «C’est toujours pareil en France mais comment vous allez faire avec les Jeux Olympiques ? Ou « Ce n’est pas compliqué : c’est Thomas Jolly qui s’en occupe, tout sera donc sous contrôle aseptisé. »Tout se mélange ici. On y danse, chante, hurle, on se maquille et change de costume à vue… Sophie Pérez utilise les artifices de feu le Grand Guignol, un théâtre de l’épouvante et du sang connut son apogée dans la première partie du XX ème siècle. La salle est l’actuel International Visual Theatre dirigé par Emmanuelle Laborit et Jennifer Lesage-David. On y côtoie « le théâtre de nos Chattes » et un portrait de Samuel Beckett posé à l’avant-scène, une référence indispensable…

Cette pochade jubilatoire n’est pas du goût de tous.. Mais les vieux amoureux du Footsbarn Travelling Theater ou du Théâtre de l’Unité trouveront quelques références de jeu dans cette mise en abyme et on pense aussi au film burlesque Hellzapoppin’ d’H.C. Potter (1941). « Ce carnaval de boucherie, cette vallée du grabuge » est remarquablement interprété par Sophie Lenoir, Stéphane Roger, Marlène Saldana, Gilles Gaston-Dreyfus, Françoise Klein, Erge Yu, Marie-Pierre Brébant, Adrien Castillo, Baptiste de Laubier, fidèles compagnons de route de la metteuse en scène.
Cette pièce est salvatrice et nécessaire dans une époque trop bien pensante. A voir donc et sans modération.
Jean Couturier.
Jusqu’au 21 janvier, Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, 2-4 square de l’Opéra-Louis Jouvet, Paris (IX ème). T. : 01 53 05 19 19.
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