Je vous écris dans le noir, d’après le roman de Jean-Luc Seigle, mise en scène de Gilles Nicolas et Sylvie Van Cleven

Je vous écris dans le noir, d’après le roman de Jean-Luc Seigle, mise en scène de Gilles Nicolas et Sylvie Van Cleven

A Essaouira dans les années soixante : cris des mouettes et bruit de l’océan… Dans cette atmosphère sereine, une médecin raconte qu’elle vient de rencontrer un ingénieur. C’est le bonheur. Mais, avant de l’épouser, elle doit lui avouer la vérité et lui écrit: «Je m’appelle Pauline Dubuisson et j’ai tué un homme, mais personne ne naît assassin.»
Des années plus tôt en 1953,  a été requise contre elle la peine de mort pour crime passionnel, le meurtre de son fiancé Félix… Elle ne purgera que neuf ans de prison et, à sa sortie, changera de prénom, reprendra ses études de médecine, puis s’installera au Maroc.

L’affaire Pauline Dubuisson a fait couler beaucoup d’encre. Le cinéaste Henri-Georges Clouzot en avait tiré La Vérité (1960) avec Brigitte Bardot. Dans cette même salle de la Reine Blanche, nous avons vu dernièrement Portrait d’une femme de Michel Vinaver, une reconstitution du procès mise en scène par Matthieu Mari (voir Le Théâtre du Blog).

Jean-Luc Seigle, lui, choisit de se glisser dans la peau de cette jeune femme et dévoile avec une sensibilité à vif les circonstances qui l’ont amenée à cet acte désespéré. A la Libération, elle a dû payer le prix fort pour une liaison avec un médecin allemand, chef de service à l’hôpital où elle travaillait. Elle dit comment, avec d’autres, elle fut tondue et violée avec une rare sauvagerie. Félix, quand il l’apprend, la rejette. Anéantie, elle le tue à bout portant, … Elle essaye de se suicider au gaz mais en vain. Son père, accablé, lui, y réussira.

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© Roland Baduel

Sylvie Van Cleven incarne ici Pauline Dubuisson avec une grande sobriété jusqu’aux moments les plus sombres d’une existence fracassée. Sa présence, solaire au début, se teinte de gravité, à mesure du récit mais sans aller vers le tragique. Un dispositif scénique léger contraste avec la lente descente aux enfers de la jeune femme: un tissu suspendu se déploie comme une voile blanche dans le vent de l’Atlantique, devient la balançoire d’une enfance insouciante, avant d’être le linceul qui l’ensevelira après son suicide, quand, une fois de plus, elle a été rejetée par un homme qu’elle aime…

Ce voyage entre l’univers solaire et sensuel du Sud et la noirceur du passé, est accompagné par des musiques d’époque, des extraits de la bande-son du film d’Henri-Georges Clouzot et la chanson d’Edith Piaf sur le phonographe de Pauline Dubuisson, quand elle se donna la mort avec des barbituriques: «Laissez-le moi encore un peu mon amoureux. » Un parcours sensible grâce à l’écriture élégante et pudique de Jean-Luc Seigle disparu il y a trois ans.

Je vous écris dans le noir est le premier opus du triptyque Les Obstinées : des portraits de femmes réalisés par la compagnie des Sincères. Dans le second volet, À la recherche de Frida K., Gilles Nicolas et Sylvie Van Cleven essayeront de percer la vie de Frida Kahlo, la célèbre artiste mexicaine (1907-1954), engagée et transgressive.
Le spectacle sera créé du 30 mai au 2 juin prochain à Saint-Pol-de-Léon (Finistère). Et enfin,
À Tire d’elle évoquera Adrienne Bolland (1895-1995), aviatrice intrépide malgré les préjugés, et résistante. Elle a été célèbre pour avoir été la première femme à effectuer la traversée en avion de la Cordillère des Andes.

Mireille Davidovici

Du 12 septembre au 19 octobre, Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, Paris (XVlll ème) T. : 01 40 05 06 96.


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