Hamlet de William Shakespeare,adaptation d’Igor Mendjisky et Romain Cottard, mise en scène d’Igor Mendjisky.
« Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark… » Tout le monde connaît l’histoire : revenant du royaume des morts, le père d’Hamlet, défunt roi du Danemark, révèle à son fils que c’est son frère, Claudius qui l’a assassiné pour lui prendre son trône et sa femme. Le jeune Hamlet entreprend alors de dévoiler la vérité et confondre les coupables. Or, comme dit le philosophe, «une si grande figure écrase nécessairement mainte fleur innocente, ruine mainte chose sur son passage» : les drames s’enchaînent et tous les personnages vont mourir un à un.
Demeuré seul, Horatio se voit confier la tâche de nous transmettre l’histoire: c’est donc, par
cette fin que tout commence dans cette adaptation : Horatio, sur scène, attend que les spectateurs soient assis pour nous montrer comment tout s’est déroulé. Se joue alors un spectacle » moderne » , à l’image de ses interprètes, qui disent s’être reconnus dans les questions que pose le jeune héros de Shakespeare. Une scénographie plutôt simple mais efficace : sur fond de pendrillons noirs, un trône rouge et quelques tabourets où les acteurs quand ils ont quitté le jeu, vont s’asseoir et rester figés. Les costumes oscillent, plutôt avec harmonie, entre le contemporain et l’étrange : Claudius (Yves Jégo) est ainsi affublé d’une perruque ridicule qui souligne le manque de majesté qui l’oppose à son frère (interprété par le même acteur).
La mise en scène d’Igor Mendjisky laisse une large place au grotesque et au comique, en forçant un peu sur le texte de Shakespeare qui se trouve ainsi parsemé de jurons contemporains. Pour s’accorder au style de l’auteur qui fait habilement alterner scènes vulgaires et scènes métaphysiques? Mais, à trop vouloir dépoussiérer, Igor Mendjisky et Romain Cottard ont perdu la substantifique moelle de la pièce, sans rien lui substituer de bien convaincant.
Ce travail manque d’originalité et tombe dans les stéréotypes: les acteurs envahissent le premier rang de la salle et le choix d’intermèdes musicaux, trop connus pour créer un univers particulier, est maladroit et quand résonne la savoureuse version de Sweet Dreams de Marilyn Manson, on frise la provocation gratuite.
Et les acteurs pèchent par excès. Les mimiques de Polonius (Arnaud Pfeiffer) sont trop forcées pour être comiques, comme celles de Rosencrantz et Guildenstern (Clément Aubert et Imer Kutllovci) qui jouent aussi les comédiens de la pièce dans Hamlet. Romain Cottard est un Hamlet dégingandé et détaché mais ses répliques métaphysiques sonnent creux: il semble tellement refuser de les dire de façon traditionnelle, qu’il les survole et enchaîne trop vite les phrases, perdant le spectateur … On accueille avec soulagement la simplicité du jeu de Nelly Antignac (Gertrude), Fanny Deblock (Ophélie) et James Champel ( Horatio). Malgré quelques moments où l’on retrouve une certaine intensité, l’œuvre perd en profondeur. Petite leçon est à retenir : on ne s’attaque pas à un classique des classiques comme celui-ci, sans casser des œufs et mieux vaut alors être sûr de sa recette…
Élise Blanc
Jusqu’au 19 mars au Théâtre Mouffetard, Paris ( V ème) .
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