Gouttes dans l’océan, de Rainer Werner Fassbinder, traduction de Jean-François Poirier, mise en scène de Sylvain Martin.
R.W. Fassbinder est mort à 37 ans en 82, et il en avait seulement dix-neuf quand il écrivit cette curieuse pièce en quatre actes. Classiquement construite, d’une écriture déjà ciselée et fondée sur des thèmes qui seront ceux de ses pièces et de ses films à venir: le désir sexuel de l’autre, la solitude, le jeu de la séduction, l’amour, l’angoisse existentielle, la fascination devant le suicide, etc… Et l’analyse
Cela se passe un soir dans un petit appartement en Allemagne. Léopold la bonne trentaine a invite Franz qui, comme Fassbinder en a vingt. Il l’a connu au bord d‘une piscine et l’a ramené chez lui, avec la ferme intention de lui faire l’amour.
Léopold a vécu avec en couple avec Véra mais prend conscience qu’il est de plus en plus attiré par les garçons. Franz est hétérosexuel et vit avec Anna, une jeune femme.. Il se demande pourquoi il se retrouve dans l’appartement d’un homme qu’il ne connait pas mais semble trouver l’aventure assez piquante.
C’est la nuit , ils parlent beaucoup, ils boivent et, de confidences en confidences, vont finalement passent à l’acte. Franz ne sait plus très bien où il en est et l’avenir que lui propose Anna du coup, lui parait des plus fades en comparaison avec la vie pleine de bonheur qu’il mène avec Léopold. L’homme visiblement le fascine et il va en devenir très dépendant, même si ce dernier, dominant assoiffé de destruction, le manipule sans scrupules et est, de plus souvent odieux avec lui.
D’un rêve à l’autre, d’un sexe à l’autre, Franz va vite partir à la dérive, et l’appartement de Léopold deviendra un lieu de passion et de fantasmes érotiques mais aussi de déchirements et de violences. Lépold est évidemment une sorte de double sulfureux de Fassbinder qui, vécut avec un jeune amant qui finira par se suicider, comme Fassbinder peut-être.
La pièce, souvent constituée d’un monologue de Franz , est parfois un peu longuette et répétitive dans la première heure, mais possède déjà un sens étonnant du scénario et va faire habilement entrer dans la danse les deux jeunes femmes, Anna, la jeune compagne de Franz qui vudrait à tout prix un enfant, et Véra, la femme avec qui vit Léopold. Amours bisexuels comme Fassbinder en a connus durant sa courte vie et qui est, on s’en doute, à la fois Léopold et Franz… …
Mais on sent bien que cette histoire de couples est sans issue et que Franz ne supportera pas longtemps ce grand écart. En proie à une grande solitude, il finira par se suicider. Il mourra sur le lit même de ses amours avec Léopold…aidé par Véra dans ses derniers moments. Cette fin est un peu téléphonée mais bon…
La mise en scène de Sylvain Martin ne manque pas de rigueur, même s’il y a parfois quelques naïvetés et si la musique, omniprésente, manque d’unité (l’Alleluia de Haendel, Les Platters, Paul Anka, Janis Joplin, Litz ou Webern!). Et Sylvain Martin sait diriger ses acteurs. William Astre, Pierre Derenne, Juliette Dutent et Florence Wagner qui sont tous crédibles.
Mais il devrait faire attention à limiter les criailleries, ce qui est toujours lassant après quelques minutes, et aurait dû pratiquer quelques coupes dans cette pièce bien trop longue (une heure quarante!).
Alors à voir? Oui, pourquoi pas, si vous voulez savoir à quoi ressemble l’écriture du jeune dramaturge Fassbinder qui vivait les relations sexuelles, avec les hommes comme avec les femmes, comme une sorte d’exorcisme face à la mort.
C’est ce qui est si émouvant chez Fassbinder et que l’on ressent bien dans cette pièce.
Philippe du Vignal
A la Folie Théâtre 6 rue de la Folie Méricourt 75011. Métro Saint-Ambroise T: 01-43-55-14-80 jusqu’au 8 décembre
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