
Giordano Bruno, le Souper des Cendres adaptation de textes de Giordano Bruno et mise en scène de Laurent Vacher,
Visionnaire, cet astronome et philosophe italien affirmait, dès le XVl ème siècle : «Un nombre infini de soleils existent ; un nombre infini de terres tournent autour de ces soleils comme les sept planètes tournent autour de notre soleil. Des êtres vivants habitent ces mondes.» De quoi être brûlé vif, sur la place publique, à Rome !
« La vie et la philosophie de Giordano Bruno sont en mouvement perpétuel, dit Laurent Vacher, et je veux que le spectateur puisse entrer dans sa tête, qu’il ressente la force de son cheminement de pensée », Depuis plusieurs années, le metteur en scène fréquente cet éminent personnage : un premier spectacle déambulatoire proposait au public d’accompagner l’errance, à travers l’Europe, du philosophe exilé.
Cette nouvelle création nous fait pénétrer dans la cellule de Giordano Bruno, arrêté par l’Inquisition et dont nous suivons les méandres de sa pensée quand il prend la décision de ne rien abjurer de ses théories scientifiques, contraires aux dogmes des l’Église. : « Devant le trépas, écrit-il, mon cœur ne se soumettra à nul mortel. »
Plateau nu, murs sombres. Le philosophe (Benoît Di Marco) croupissant dans une geôle. Tantôt mélancolique il se revoit enfant studieux, rêvant d’espaces infinis, sous les cieux étoilés. Tantôt vindicatif, il se rebelle contre l’ignardise de ses juges qu’il traite, non sans humour, de tous les noms… En dialogue constant avec la contrebasse de Philippe Thibault (en alternance avec Clément Landais), le comédien fait revivre les amitiés masculines de Giordano Bruno et sa colère contre les tenants du système de Ptolémée et des principes d’Aristote, contraires à la vérité scientifique qu’il pressent. Nous le suivons sur les chemins ardus de l’astrophysique, sur les pas de Copernic, de l’astronome danois Tycho Brahe, et d’autres savants avant eux…
Dans la pénombre et le dénuement, sa pensée, mise à jour par Laurent Vacher, nous paraît d’autant plus claire. Le metteur en scène s’est limité à construire une dramaturgie et à écrire quelques transitions. Il a puisé en grande majorité dans les superbes écrits de Giordano Bruno, notamment son prémonitoire Souper des Cendres (1584). Le mercredi des Cendres marquant chez les chrétiens, le premier jour du carême soit quarante jours de pénitence avant Pâques.
L’ouvrage est le premier des six dialogues philosophiques où son auteur révise la théorie hélio-centriste de Copernic qui prétendait encore que l’univers était fini et composé d’une sphère d’étoiles fixes. Giordano Bruno envisage, lui, un univers infini et homogène qui n’a pas de centre, avec un nombre illimité de mondes et de systèmes solaires… Il ne renie pas Dieu mais le place partout et nulle part, à l’image de l’Univers : «Nous le savons : il n’y a qu’un ciel, une immense région éthérée où les magnifiques foyers lumineux conservent les distances qui séparent au profit de la vie perpétuelle et de sa répartition. Ces corps en enflammés sont les ambassadeurs de l’excellence de Dieu, les hérauts de sa gloire et de sa majesté.»
Ce spectacle d’une grande sensibilité, retient l’attention du public mais nous n’étions qu’une dizaine de professionnels admis à cette première et unique représentation. Nous avons suivi toutes les subtilités de la mise en scène, apprécié la finesse de jeu de l’acteur et du musicien, comme leur connivence. Manquait la chaleur du public pour que le courant passe vraiment. Combien de temps durera encore ce carême ? Le Souper des Cendres était programmé en décembre mais il faudra attendre l’automne prochain pour le revoir sur cette scène parisienne…
Représentation professionnelle vue le 14 décembre au Théâtre de la Reine Blanche
Du 20 novembre au 15 janvier Théâtre de la Reine Blanche, 2 passage Ruelle, Paris (XVIII ème) T. : 01 42 05 47 31.
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Le Banquet des Cendres, Montpellier, 1988. ; La Cabale du cheval Pégase, Paris, M. de Maule, 1992.
Œuvres complètes. Les Belles Lettres, Paris 1993–2000 ; De la Magie, Allia 2000.
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