France-Fiction de Nicolas Robinet,mise en scène de Tudual Gallic

France-Fiction de Nicolas Robinet, mise en scène de Tudual Gallic

C’est comme si on assistait en direct à une réécriture de l’Histoire. Une «uchronie», avec une évocation  des grèves et occupations de lieux publics en mai 68 et des années soixante-dix où la société actuelle a pris  certaines racines. Ce que nous raconte l’auteur de ce spectacle, participe d’une sorte d’Histoire de France à l’envers pour comprendre pourquoi et comment, malgré des avancées majeures, la société n’est jamais finalement sortie du modèle capitaliste.  
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Une scénographie très simple: un comptoir en bois avec devant un écran de télévision. Où vont évoluer entre autres, Françoise d’Eaubonne et René Dumont (1904-2001) ingénieur agronome, sociologue et homme politique bien oublié qui dénonça pourtant (après en avoir été l’un de ses plus ardents partisans) les dégâts issus de la Révolution verte dans les années soixante.
Il lutta contre l’agriculture productiviste et  pour la conservation des sols.Partisan visionnaire d’une écologie à mettre en place de toute urgence, il avait aussi prédit une inévitable hausse du prix des carburants!!!!! Et il a été le premier candidat à se présenter sous l’étiquette écolo à l’élection présidentielle française de 1974. Il n’avait aucune chance mais a fait entendre la voix du bio et sera battu par Valéry Giscard d’Estaing qui, lui, a quand même réussi, grâce à Simone Veil, à faire voter la loi sur  la liberté de l’avortement.

On entend aussi la voix de Delphine Seyrig, (1932-1990). Cette immense actrice résolument féministe a beaucoup contribué  à l’émancipation des Françaises. Et on voit des doubles ( mais pas très bien imités) de Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, anciens présidents de la République et des extraits de richissimes archives, du temps où il y avait seulement deux chaînes en noir et blanc… aux images parfois un peu floues et vues sur un écran légèrement arrondi…
 » Depuis longtemps,dit l’auteur, je m’intéresse de près aux archives audio-visuelles des années soixante et soixante-dix: leurs codes, leurs figures emblématiques, leur charme suranné et leur mentalité pour le moins datée. Le plus souvent, il s’agit d’une télévision très masculine, conservatrice, même dans la gaudriole post- soixante huit qui impose une certaine idée du monde à son public. « 
Mais comme il le souligne aussi, il y a de temps à autre des coups d’éclat « comme celui éco-féministe d’Anne Sylvestre sur le plateau d’Apostrophes ouvertement sexiste ». Mais sans doute pas plus que les autres émissions des chaînes publiques. Et l’auteur montre aussi un court moment des fameux Shadoks, ces personnages dessinés par  Jacques  Rouxel et qui énervaient passablement les petits bourgeois et les autres par leur humour cynique, l’inimitable voix grinçante de Claude Piéplu débitant des aphorismes absurdes: « Il faut pomper pour vivre, et donc vivre pour pomper. » « Pour qu’il y ait le moins de mécontents possible, il faut toujours taper sur les mêmes. » « Pourquoi se compliquer la vie à faire simple, quand il est si simple de faire compliqué ? Le tout sur la musique de Robert Cohen-Solal. La série de plus de deux cent épisodes de quelques minutes, créée en 68, suscita une grandes polémique: la moitié des téléspectateurs étaient farouchement moitié pour et l’autre contre…

Si nous avons bien compris, le but est ici de proposer un passé alternatif en détournant des moments de télévision et/ou en les parodiant. Et cela fonctionne?  Plutôt oui, et non avec quelques moments peu clairs. Il y a d’abord -singulièrement émouvantes- quelques images de l’occupation de l’Odéon où nous avons passé quelques formidables moments devant sur la scène, le gratin du spectacle français. Tiens, une merveilleuse histoire: une après-midi, quelques metteurs en scène discutaient d’un problème esthético-théâtral et une dame plus très jeune, a levé le doigt pour parler et a dit: « Je ne peux être tout à fait être d’accord avec ce que vous avez formulé et s’en est expliqué. On lui a alors demandé qui elle était. Elle a simplement dit: « Je suis Jeanne Laurent. » Et toute la salle s’est levée et l’a applaudie (elle était celle qui en 54, alors au ministère de l’Education Nationale, avait fait nommer Jean Vilar à la tête du T.N.P à Chaillot !)

Cette version alternative de l’Histoire du XX ème siècle et sans doute ignorée des jeunes gens en majorité dans la salle -ce qui est rare- est sans doute inégale mais elle est très bien menée par trois acteurs seulement: Nicolas Robinet, Léa Darmon-Raphoz et Grégoire Chavanes.  Diction et gestuelle précises, ils réussissent à nous embarquer dans cette histoire que nous avons connue mais dont tous les protagonistes ne sont plus là. Sauf Daniel Cohn-Bendit. Mais les choses ne sont pas si évidentes pour ceux qui n’ont pas connu ces moments. Mais comme rares sont les spectacles qui évoquent cette période de notre Histoire, autant en profiter… Pour certains, la revivre et pour les autres, apprendre à la connaître…

Jusqu’au 30 septembre, Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris (XI ème) . T. : 01 48 06 72 34.


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