Festival d’Avignon
Everithing must go, mise en scène, texte, composition musicale et création sonore de Tim Etchells
« We can make it. Don’t lose heart. » (Nous pouvons le faire. Ne perdez pas espoir. ). Fin de soirée dans un bistrot sinistre aux tables et chaises sommaires. Dominés par le clignotement de téléviseurs diffusant catastrophes naturelles et dessins animés kawaï, six hommes et femmes aux tenues clownesques, pauvrettes et pailletées, jouent les derniers jours de l’humanité. Ils remplissent des caisses, de bouteilles vides puis vident ces caisses, les déplacent, les remplissent, les vident à nouveau. Empiler des centaines de gobelets en plastique sur un plateau, les faire tomber au sol, d’un coup de coude ou d’un coup de pied. Encore. Encore. Musique. Echanger les rôles, les perruques, de façon aléatoire : quelque chose va se jouer ? Une pièce ? Mais elle se joue déjà, avec une énergie impitoyable.
Les mots sont-ils des paroles ? Le sort des voix a été confié à une I.A. et les comédiens ont improvisé sur ces voix. On veut bien mais le léger décalage entre corps et voix ne crée pas grand-chose… Mais faisons confiance au travail de plateau : avec ces données, les acteurs -tous épatants- ont improvisé. Le résultat? Une puissante et constante énergie à ce terminus du monde qui n’en est peut-être même pas la fin : « Fini, c’est fini, ça va peut-être finir » dirait Samuel Beckett, s’il venait faire un tour ici.

Le catastrophisme du spectacle fonctionne bien mais le dialogue avec le public, beaucoup moins… Nous avons du mal avec l’art répétitif (à l’exception autrefois des œuvres du compositeur Phil Glass) et attendons la fin pour applaudir. Ici, la machine du cabaret même sollicitée -échange direct et spontané- ne fonctionne pas. Quelques rangs se sont vidés mais à la fin, des spectateurs ont applaudi fortement. Nous avons regretté d’avoir manqué, au festival d’Avignon 2012, The coming Storm et Tomorrow’s Parties du même Tim Etchells, avec le collectif Forced Entertainment et L’Addition (2023).
Cela nous aurait donné, sans qu’on ait réellement besoin d’un mode d’emploi, -le titre de la pièce est assez clair- une piste à suivre pour mieux apprécier l’objet. Arts plastiques, art en plastique (on a bien le droit de jouer avec les mots) en voyant les centaines de gobelets qu’un léger vent (bienvenu !) fait rouler sur le plateau. Art léger mais à ne pas prendre trop au sérieux, même si le thème, lui, n’est pas à prendre à la légère. Léo Ferré chantait déjà Temps du plastique en 1956…
Parmi les formules répétées et martelées par les interprètes: « We can make it. Don’t lose heart. » (Nous pouvons le faire. Ne perdez pas espoir. Si on répète les dernières syllabes prononcées, cela donne : Lose heart. Vous voilà prévenus. Ce spectacle répétitif, foisonnant, drôle mais trop long, symptomatique des désastres rampants de l’époque mais à la mode actuelle (théâtre-performance-arts visuels) ne vous donnera pas une réponse sur l’état du monde. Ni sur la force, la place, les bienfaits et méfaits de l’hyper-technologie. Il ne peut offrir… juste ce qu’il a: un outil pour le regard…
Christine Friedel
Les 20, 21 et 22 juillet à 22 h, cour du lycée Saint-Joseph, rue des Lices, Avignon ( Vaucluse).
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