‘Aix-en-Provence; Hommage au festival international de Baalbeck

Festival d’Aix-en-Provence

Hommage au Festival international de Baalbeck, mise en scène de Nabil El Azan

 

photo1« Baalbeck, ils ont écrit pour toi leurs plus beaux poèmes » : en effet, les six hautes colonnes du temple de Jupiter ont vu danser Roméo et Juliette de Maurice Béjart, entendu Madeleine Renaud dans Ô Les Beaux Jours de Samuel Beckett, ou le violoncelle de Mstislav Rostropovitch, comme nous le rappelle un montage vidéo.
Projeté au début du spectacle, sur la scène du Théâtre du Jeu de Paume d’Aix-en-Provence, le film, constitué de clichés anciens et récents, rappelle les riches heures du festival de Baalbek et s’accompagne d’un morceau d’orgue composé et enregistré par Naji Hakim. Le ton est donné, à la fois héroïque et nostalgique.
Depuis 1956 en effet, à Baalbeck, musiciens, poètes, chanteurs, danseurs, acteurs ont joué sous le ciel étoilé du Liban, devant les imposantes ruines de ses temples gréco-romains. Leurs voix se sont tues, pendant la guerre civile. Fragile, parce que situé à la frontière syrienne, sur un territoire tenu par le Hezbollah, ce bastion de la résistance par l’art, petit à petit depuis 1997, renaît de ses cendres, après vingt-deux ans d’interruption.
Nabil El Azan, qui a retrouvé depuis plusieurs années sa Beyrouth natale, où il crée régulièrement des spectacles, a imaginé pour les soixante ans du festival, un hommage mêlant musique, poésie et danse, intitulé À toi Baalbeck. Il a donc passé commande à des grands talents littéraires et musicaux du Liban ou de sa diaspora.
Le Festival d’Aix-en-Provence nous en donne un avant-goût avec une version réduite, en forme de récital : les musiques prévues pour un orchestre ont été adaptées pour le piano;  restent les textes : ceux d’Adonis, de Talal Haydar ou Zad Moultaka sont dits en arabe, avec puissance et sensibilité, par le comédien Rafic Ali Ahmad.
La contralto  Fadia Tomb El -Haje scande ou chante en français, de son timbre chaud et sinueux, Wajdi Mouawad, Salah Stétié, Etel Adnan, ou encore un poème de la regrettée Nadia Tuéni, mis en musique par Gabriel Yared. Les deux langues se répondent, en résonance avec les compositions de Ghadi Rahbani, d’Abdel Rahman El Bachay, présent au piano sur le plateau en compagnie du concertiste virtuose libano-mexicano-français, Simon Ghraichy.
Ces grands artistes libanais, rassemblés pour un prélude au futur spectacle, nous délivrent, dans le chaos des temps passés et présents, un message de deuil et d’affliction métissé d’espoir, d’amour et d’apaisement, inspiré par le site mythique, « sculpté par Baal », « étoile dans cette plaine bleue », où rôdent encore les dieux antiques. « Les chemins de Baalbeck sentent le bleu des danses »; les pierres, les colonnes « arbres sans printemps ni hiver », « adossées tristement aux parfums de l’Histoire », témoins muets des réjouissances comme des carnages, verront-elles revivre en plein feu le prestigieux symbole d’un Liban pluriculturel ?  »
Acte de résistance et de foi, cet hommage revêtu  de noir et rouge par le styliste Rabih Kayrouz, contribue à sa renaissance. « C’est  essentiel d’allumer des flambeaux comme ce spectacle, de maintenir la présence de la lumière de l’être humain plutôt que les ténèbres de l’obscurantisme », déclare le metteur en scène.
Comme dit l’un des poètes : « Même habillées de noir, nos fêtes sont festives ». Gageons que l’esquisse présentée à Aix-en-Provence prendra toute son ampleur dans la nuit de l’ancienne Héliopolis.        

 Mireille Davidovici

 Vu à Aix-en-Provence, le 7 juillet

Festival international de Baalbeck les  30 et 31 juillet à 20h. Marches de Bacchus

www.baalkeck.org.lb

 

Lire aussi May Arida, le Rêve de Baalbeck de Nabil El Azan, Éditions de la revue phénicienne  


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

quatorze + un =