Ferré Ferrat Farré

Ferré, Ferrat, Farré, textes et chansons de Léo Ferré, Jean Ferrat, Jean-Paul Farré, mise en scène de Ghislaine Renoir.

 

 Il ne s’embarasse pas Jean-Paul Farré ! Quand le vocabulaire n’y suffit pas, il invente ses mots, et le néologisme du jour lui va bien. Votez poélitique ! clame-t-il, quand il présente sa candidature à l’élection du Président de la chanson Poélitique.
Côté jardin, il y a un piano à queue; une impatience à la boutonnière, le candidat attend ses musiciens retardataires. Arrivent en trombe, violoncelle sur le dos, Florence Hennequin, qui s’installe aussi vite, suivie de Benoît Urbain, qui se fait une place au piano et, qui, plus tard,  jouera aussi de l’accordéon.
Séquence avec dialogues de régulation entre eux, balance des instruments avant la répétition, puis conseils avisés des musiciens chargés d’aider à la composition d’un programme qui conduise le candidat au succès.
Et sa campagne électorale emprunte les chemins de poésie et d’anarchie, chers aux grands. Ironique, politique et poétique, Farré/Méphisto pose son habituel frac (sa marque de fabrique) et leur emboite le pas.
Et, entre les maillons du scénario, il ose Ferrat : On ne voit pas passer le temps, Tu verras tu seras bien, Je ne suis qu’un cri, Horizontalement et même Nuit et brouillard, dans un puissant contre-jour. Et il ose aussi  Ferré : Mon piano, Si tu t’en vas, C’est extra, L’âge d’or, Les poètes, Monsieur tout blanc, Les anarchistes. Et il ose enfin  Farré...
Et il a raison. De Ferrat et Ferré, il restitue les textes dans un phrasé parfait qui distille les mots – quel plaisir ! A sa manière, il nous permet de l’entendre lui, sans référence obligée à la version originale.
Ses propres textes ont une même force poétique, comme Paris et son guide où il indique aux touristes égarés les théâtres de la capitale, du Théâtre des Champs Elysées à celui du Châtelet. De la cour au jardin, jouant avec malice sur les extrêmes aigus du piano. Il rejoint sur le même thème Regarde-toi Paname de Ferrat, et Paris c’est une idée de Ferré. En fond de scène, une guirlande  lumineuse et clignotante en forme de grande dame de fer.
Son train pas comme un autre, une  fable où un président de la République tombe d’un train et se retrouve en pyjama de soie sur le ballast, est savoureuse et bon enfant et ses quatre vérités sont d’évidence: « Le bonheur c’est quand le chagrin se repose», ou encore : « Je déteste l’heure d’été, soixante minutes de perdu, du temps volé»… Tous ces moments made in Farré sont de pure poésie, comme aussi cette séquence musicale pour boîte à musique, à la manière d’une Symphonie des jouets (création sonore de Clément Lopez).
Un scénario malicieux, d’extraordinaires musiciens complices de Farré et un savant arrangement musical d’Isabelle Zanotti, participent de la réussite de cette soirée poélitique,  où se côtoient la gravité et le ludique, l’ironie et la tendresse, sur les pas de Ferrat et de  Ferré.
Courez-y! Jean-Paul Farré a un sacré tempérament-on le sait depuis longtemps-mais  il est ici très émouvant.

Brigitte Rémer

Vingtième Théâtre, 7 rue des Platrières, 75020. Métro : Ménilmontant, du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h, jusqu’au 13 octobre. Tél : 01-43-66-01-13, www.vingtiemetheatre.com et Compagnie des Claviers, cie.claviers@club-internet.fr


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

3 × deux =