Entre les actes d’après Virginia Woolf, mise en scène de Lisa Wurmser
Dans un jardin, des êtres en vacances – en vacance, jeu de mots inévitable- attendent le spectacle d’amateurs de cette paroisse. Le théâtre est installé et des propos insignifiants, s’échangent dans une certaine langueur. On n’est pas loin de La Mouette de Tchekhov, avec une différence notable : le roman, le dernier de Virginia Woolf, se passe en 1939.
Entre querelles de couples, bavardage des oncles, tantes, et autres ancêtres, meuglement d’une vache tout à coup, cris des enfants, on entend des bruits d’avion. Juste le temps de troubler les tourments et les plaisirs de ce petit monde que l’irruption du théâtre secoue bien plus fort. Surtout quand il est confié à la puissance vocale et à la présence de Flore Lefèbvre des Noëttes; ses camarades sont de la même trempe quand ils passent en revue toute l’histoire du théâtre en Angleterre..
Elisabeth I et Shakespeare, le théâtre du XVIIIe siècle, le théâtre victorien, et pour finir, le théâtre d’aujourd’hui, un miroir tendu au public : les effets les plus extrêmes sont permis aux amateurs de la paroisse et à leur furieuse coryphée.
On pense davantage aux artisans du Songe d’une nuit d’été qu’à la pièce de Treplev dans La Mouette : le temps d’un après-midi, ils frappent fort, du côté du burlesque. Et « entre les actes » ? Le vie continue, bousculée par une vraie coquette et son «artiste « , alanguie par les rêveries moroses d’Isa, double légèrement ironique de l’auteur, répétitive dans la bouche d’une vielle lady.
Le spectacle a les qualités de ses défauts, en particulier un rythme bizarre, des longueurs pas désagréables, qui renvoient avec justesse à l’ambiguïté des sentiments (et de l’époque), à une Angleterre qui s’idolâtre et doute d’elle-même : on n’en est pas si loin d’aujourd’hui. Les comédiens, dirigés avec une certaine désinvolture, s’en tirent bien. Le décor assez sommaire, clos par un tulle plutôt joli, figurant une campagne naïve, n’égale pas le charme d’un vrai jardin (où le spectacle a été créé, en Picardie).
On y respire quand même agréablement, et l’on appréciera l’adaptation subtile et sensible d’Entre les actes, roman né du théâtre et pour le théâtre. Ce monde est toujours une scène, comme dirait Shakespeare.
Christine Friedel
Vingtième Théâtre, Paris. T: 01 48 65 97 90, du jeudi au samedi 21h30, dimanche 17h30 jusqu’au 26 juin.
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