Élémentaire de Sébastien Bravard, mise en scène de Clément Poirée

Élémentaire de Sébastien Bravard, mise en scène de Clément Poirée

 L’obscurité se fait dans la salle .Un homme monte sur le plateau éclairé et crie : « Je veux aller à l’école ». Mais qui parle ? Un enfant qui désire apprendre à lire, lassé de « rester dans les jupes de sa mère »? Un personnage fictif imaginant une vie qui n’est pas la sienne? Ou effectivement, un homme qui, déclare-t-il, mène une double expérience de comédien et «professeur des écoles » en stage.

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«All the world’s a stage», disait Jaques dans Comme il vous plaira de William Shakespeare. On est dubitatif, légèrement déstabilisé parce qu’on se sait au théâtre. Mais l’accent est celui de la sincérité et on sent chez Sébastien Bravard, seul en scène plus d’une heure, l’enfant qui aimait la classe et l’enseignant qui débute. Oui, on peut prendre un poste de professeur des écoles, en CM1, devant une classe de vingt-sept élèves, corriger les cahiers à la pause de midi, rejoindre son théâtre à moto pour y jouer le soir. Et répéter sa pièce durant les vacances. Mais au fait, « répéter » n’est-ce pas un verbe qui s’emploie au théâtre comme à l’école ?
Ajoutons foi à cette fable dont Sébastien Bravard est l’auteur et l’acteur. Il l’avait conçue au lendemain des attentats de Paris en 2015, marqué par les événements et mu par la nécessité « d’être utile ». Il en lut les premières pages à Clément Poirée, alors assistant de Philippe Adrien au Théâtre de la Tempête et qui lui succéda en 2017. Il encouragea le projet et accepta d’en assurer la mise en scène : sobre et subtile à laquelle nous assistons aujourd’hui. Le spectacle, créé à la Tempête en 2019, a été repris au Théâtre du Train Bleu au festival Avignon,  trois ans plus tard avant d’aller en tournée.

Élémentaire est l’histoire d’un vertige ou d’un saut périlleux : le protagoniste se retrouve instituteur et interprète, mais aussi adulte et enfant, ou du moins adulte avec la part d’enfance qu’il garde en soi. Il lui faut faire la classe et fondre ces différentes persona : « Et là c’est un peu ça, mon premier saut en parapente, on court, on court et on s’élance, sauf que cette fois-ci, on n’est pas sûr d’avoir une aile dans le dos. Voilà, ça démarre comme ça. »
Il n’y a pas de message sur l’Éducation Nationale. Il nous est simplement rappelé que le corps des instituteurs a été créé par la loi du 12 décembre 1792 : « Les écoles primaires formeront le premier degré d’instruction. On y enseignera les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens». On sait que les lois Jules Ferry (1881-1882) rendront l’école gratuite et obligatoire. Le texte n’aborde pas la question de la laïcité. Il se veut avant tout un témoignage sur « ce qui se construit à l’école primaire » que jadis, on nommait «élémentaire». Sébastien Bravard dépeint très bien le collectif que forme une classe, le temps qui passe, les scansions des «petites vacances» et l’arrivée, tant attendue, des mois d’été qui signifient aussi l’adieu au maître.

Une des particularités du comédien-instit. a été de faire entrer la littérature dans la vie de la classe, qu’il s’agisse de Jules Verne ou de Marie NDiaye. L’énergie que met Sébastien Bravard à revivre devant nous son année de «professeur des écoles stagiaire», les éléments autobiographiques qu’il livre, sa grâce créent « le sens par l’émotion» comme le disait Philippe Adrien. La scénographie d’Erwan Creff, les beaux jeux de lumière de Carlos Pérez et une création sonore à base de percussions de Stéphanie Gibert soutiennent l’acteur.

 Nicole Gabriel

Jusqu’au 30 mars, Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris (XI ème). T. : 01 48 06 72 34.


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