Festival d’Avignon:
D’une chute d’ange, conception et réalisation de Johnny Lebigot, lumières de Matthieu Ferry 
Collection de végétaux et de graminées, suspensions, accrochages, élévations, sculptures, installations et performances, l’œuvre délicate et expressive de Johnny Lebigot fait du règne végétal, minéral et animal, le refuge d’un destin.
Dans la cave voûtée, le réfectoire, le patio, le salon et le jardin de l’hôtel La Mirande qui jouxte le Palais des Papes, l’exposition est conçue autour de la figure de l’Ange et du patrimoine d’Avignon.
Dans cette installation onirique, Johny Lebigot réalise avec des matériaux bruts et naturels, des sculptures et des scènes, un monde surréaliste de théâtre d’objets, entre figurines et symboles.
Caverne d’Ali Baba, retraite de brigands, établi, retable et chariot, table de cérémonie, autel païen et sacré, nid, piège,…Le rêve immense s’envole dans les airs.
Le regard est ébloui par la variété des figures et constellations proposées, entre pensée et songe, figures du réel et créatures inventées, un bel entre-deux. Les lignes : toile d’araignée, regard en perspective et en diagonale, écho et miroir, se répondent les unes les autres, privilégiant l’horizontalité mais surtout la verticalité, l’élévation vers les hauteurs dans la projection des rêves et la poursuite de l’attrait céleste intérieur, monde inversé de voûte étoilée avec bois flotté de forêt suspendu. Mouvements, expansions ou épaisseurs, recherche de légèreté entre l’à-peine vu et l’à-peine dit, la sensation et le geste ineffables, le fil de l’imaginaire se tend à l’infini.
La table de D’une chute d’ange, avec ses figures ailées, s’inspire de grandes œuvres, comme Le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Carton, détrempe sur bois du Musée Pierre-de-Luxembourg à-Villeneuve lez-Avignon. L’Annonciation du Petit Palais à Avignon sont aussi invitées, accompagnant dans leur danse La Chute des anges rebelles de Brueghel.
Matériaux de récup’ trouvés au coin de la rue ou dans le bois de Vincennes, miracles naturels, dons d’amis – Bourgogne, Guyane, Afrique lointaine et pays exotiques : tout est prétexte à transformation, fabrication, réajustement et ordonnancement, comme s’il fallait à partir de restes végétaux, minéraux et animaux, retrouver les traces ultimes du vivant, de l’expérience extraordinaire et inouïe d’être au monde.
Le descriptif des œuvres imprime l’absolu de la poésie. Le Bestiaire pour Aladin indique « murales, pointes – crins de cheval, coquillages, cheveux, blancs, pierres » et pour les Scènes du monde « Murales – osier et ronce, pierre, lièvre, rongeurs, hérissons, pattes de marcassin, oisillon, mésange ». Et la Chute d’Anges invite au voyage, sur les traces de Charles Baudelaire : « bois flotté, ailes de canard sauvage, noix d’Amérique, divers fruits exotiques, oignon, os arêtes, pinces de crustacés, soles, saint-pierre, bar, os, crânes de divers vertébrés dont rongeurs, grenouilles, mammifère, champignons, orchidées, plumes, roseaux… »
Le premier miracle de toute vie est la capacité de porter le regard sur les merveilles d’être là: voir ce qui a vécu, et bruit toujours autour de soi, au plus près des battements du cœur qui saisissent d’instinct ce qui continue d’exister dans la trace. Vivre et prendre conscience de la réalité du vivant qui perdure au-delà de la mort…
Un rendez-vous poétique avec soi et le monde sur les chemins des palimpsestes.
Véronique Hotte
Hôtel de La Mirande, du 9 au 24 juillet.
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