D’où va-t-on ? de et par Clémentine Yelnik, mise en scène Clémentine Yelnik et Clélia Pirès
La planète est foutue, et vous ? La question surprend un peu. Pourtant, elle pourrait bien être le titre d’une émission de radio ou même le propos d’une pièce , comme celle à laquelle nous assistons ce soir… mais reprenons.
Revêtue d’un manteau de cosaque bleu, harnachée de bottines et d’un sac à dos militaires, une femme déboule sur scène. Elle porte un casque d’aviateur avec écouteurs, si bien que l’on croit avoir affaire à un cosmonaute ou quelque chose du genre. Eh! Bien pas du tout. Il s’agit en fait de Victoire Coschmik (Clémentine Yelnik), auteur de 887 tomes de réflexions et de pensées qui seront éditées après sa mort. Comme chaque jeudi depuis longtemps (puisque ce soir est la 93e émission), elle s’entretient avec le journaliste Robert-André Robert (délicieuse voix de Pierre Carles) sur son œuvre et l’état du monde, dans le lieu où elle se situe à ce moment-là. Et ce soir, Victoire est dans un théâtre, d’où elle prendra donc la parole.
Nous découvrons alors une femme qui possède à elle seule la mémoire de l’humanité, revenant par exemple à la période préhistorique pour nous raconter la naissance du mot « bonjour », relatant son amitié avec Galilée, Napoléon, Jean-Sébastien Bach… Avec grâce et persuasion, la comédienne interprète tous les personnages (et ils sont nombreux) qu’elle évoque.
Au gré des histoires, réelles ou imaginaires, Victoire Coschmik (le personnage), comme Clémentine Yelnik (l’auteur du texte), sont traversées par des questions existentielles : celles du sens, de l’origine ou encore de la souffrance. L’une comme l’autre ne sont mues que par les rapports humains, comme un patchwork cousu de rencontres et d’échanges. Mais, c’est sur un ton badin et, en apparence, léger, avec délicatesse et poésie, que tout cela nous est soufflé à l’oreille. Ainsi, la conversation prend-t-elle un tour à la fois burlesque et mélancolique, déjanté et piquant. Sympathique et malicieuse, Victoire est, à elle seule, le clown blanc et l’auguste. Un pitre touchant, expressif et, à l’image de son spectacle, surprenant et original. Clémentine Yelnik fait partie de ces gens qui pensent que sur la scène d’un théâtre, des choses peuvent être dites… et entendues. Avec la fulgurance des météores dont elle nous parle, Victoire arrive et puis s’en va. L’émission Radio terminée, c’est le moment de se quitter.
Merci, Victoire, d’être venue nous rendre visite. De nous avoir rappelés un moment à notre humanité.
Barbara Petit
Au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise les 18, 19 et 20 novembre.
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