Dance marathon express de Kaori Ito

Dance marathon express de Kaori Ito (à partir de neuf ans)

 Dans une temporalité à rebours de 2.010 à 1.930, cette artiste japonaise invite le public à la découverte de son pays: surprenant, tout en mouvements et chansons ! le projet commencé en 2.020 a été achevé  deux ans après, en collaboration avec le Kanagawa Art Theater à Yokohama. Il se poursuivra avec des résidences en France et au Japon jusqu’à cet été…  Kaori Ito. nous offre une vision aux multiples facettes, aussi historique que culturelle, en mettant en lumière les influences de la danse et de la musique occidentale sur la culture japonaise au siècle dernier.

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Un spectacle en deux parties, chacune dans un espace esthétique différent : le premier celui d’un marathon de danse et l’autre, littéraire, avec un conte, Les pieds nus de lumière. Ainsi la structure remarquable, révèle grâce à une construction en deux volets, les visages contraires du Japon : moderne et ancestral. Et impose des espaces opposés et/ou complémentaires: l’extériorité par le biais du marathon et l’intériorité avec l’histoire tragique du petit Narao. Le langage de l’onomatopée a été pour cette chorégraphe, une base rythmique fondatrice pour créer Dance marathon express. Au pays du Soleil levant, les enfants apprennent d’abord à parler par onomatopées, avant de construire des phrases avec des mots. Phrases qui ont une forte dimension esthétique qui n’existe pas dans notre culture linguistique et littéraire : « Ce sont, dit Kaori Ito, des sons liés à la qualité des matières, à la météo ou aux émotions. » 

En proférant sons brefs et saccadés, cri et en martelant le sol de leurs pieds, les interprètes envahissent tour à tour le plateau, comme autant de figures issues de contes de fées, mangas, ou plus concrètement, du show-biz ou du sport… Dans les marathons de danse créés aux Etats-Unis pendant la grande crise des années trente, des couples s’affrontaient pour gagner le Prix en dansant le plus longtemps possible. Comme dans On achève bien les chevaux d’Horace Mac Coy,  adapté au cinéma par  Sydney Pollack. Mais ici, les danses en tout genre dépassent la compétition…

La chorégraphie jubilatoire, émouvante, et documentée de met avec fougue en harmonie ou/et en lutte les corps, au rythme de chansons emblématiques de 2010 à 1930. À cette remontée dans le temps, d’une décennie à l’autre, se joignent les événements gravés à jamais dans l’histoire du Japon et la mémoire de Kaori Ito. Pris dans un mouvement frénétique, nous entrons dans la danse folle, d’abord  classique ensuite hip-hop, twist et butô, entraînés avec enthousiasme par ces huit interprètes venus du monde entier.Costumes colorés et à la mode de chaque époque, bande-son variée et populaire dont I will always love you de Whitney Houston et nombreux autres tubes dont une célèbre chanson d’Édith Piaf en version japonaise, ressuscitent nos souvenirs et nous charment. Emotion et plaisir chez les jeunes spectateurs enchantés par ce bouillonnement de couleurs, gestes et musique. Une féérie traverse le spectacle dont la richesse réside dans le geste artistique brillant d’intelligence et de créativité de Kaori Ito et son évocation spirituelle du Japon. La puissance positive ou négative du collectif et le sentiment de solitude, prennent corps avec finesse.

Dans le premier volet, à cour, des toilettes sont un endroit capital pour l’évolution de l’histoire. Dans cet ultime refuge où se précipitent à bout de souffle les interprètes du marathon, arrive -coup de théâtre- une révélation! Un des personnages y découvre un récit de nouvelles de Kenji Miyazawa, poète renommé (1896-1933). Moment de suprise et épiphanique provoquant une rupture et un bouleversant changement d’espace/temps.
Et dans le second volet, le spectacle cède la place au conte avec mots poétiques et pensées philosophiques. Autre support dramaturgique, autre rythme… apaisant. Succèdent alors aux impressionnants mouvements des corps et aux chansons pop et variétés, un climat et une scénographie plus intériorisés, moins spectaculaires. Mais toujours avec une forte tension et une grande sensibilité. La danse devient alors récit et casse les barrières du langage. Les Pieds nus de lumière, transmis en voix off et en japonais résonne aux oreilles de tous et le langage universel de la danse et de la musique, comme celui de la poésie traversent avec grâce le Japon de Kaori Ito!

Elisabeth Naud

Spectacle vu le 10 octobre au Théâtre Jeune Public-Centre Dramatique National de Strasbourg-Grand-Est ( Bas-Rhin).


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