Coupures, texte et mise en scène de Samuel Valensi et Paul-Eloi Forget

 

Coupures, texte et mise en scène de Samuel Valensi et Paul-Eloi Forget

Un thème  connu mais rarement traité au théâtre : le débat démocratique, notamment quand il faut voter dans une commune rurale une installations d’antennes-relais à la fois indispensables aux liaisons de téléphones portables mais créant des ondes toxiques  et la distance : deux cents mètres avec la première maison n’est  pas toujours respectée. Ce que niaient au début les opérateurs.

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Orange vante une 5 G, à ses yeux miraculeuse, alors que, dans des territoires peu habités, la liaison reste souvent très mauvaise, voire inexistante et qu’Orange ne s’occupe pas ou très mal, des lignes téléphoniques existantes, parfois emmêlées dans les ronces ou écrasées par un arbre! (nous avons des exemples précis et des photos si cela vous intéresse). Et de l’aveu d’un responsable assez cynique, comme ces lignes sont amenées à disparaître, alors pourquoi les entretenir, et, dit-il, sinon pas avant que se produise une coupure, suivie d’une réclamation? Toujours une bonne économie à faire sur le dos des clients. Et tant pis, s’ils sont privés plusieurs jours de téléphone et d’internet…
Et le maire ne peut guère compter sur la Préfecture pour arranger les choses. Et quand Orange s’associe à Free pour monter une antenne-relais, il suffit de n’être pas dans la zone d’arrosage et mieux vaut alors aller téléphoner avec un portable en dehors de sa maison. Très agréable quand il pleut ou qu’il fait froid. Mais Orange comme Free se moquent bien des réclamations quand le problème ne touche qu’une vingtaine de personnes… Quant à obtenir la fibre dans une campagne isolée,, oui peut-être et un agent d’un sous-traitant de chez Free vous fait explique qu’installer une ligne aérienne, il faudrait cinquante poteaux et souterraine, mieux a vit oublier. Tant pis pour les crétins qui habitent un hameau isolé… Et Paris n’est souvent pas mieux loti! Un mien parent a vu débarquer un  sous-traitant de Free, le 16 ème !!!!!! ( sic)  et depuis attend toujours que la fibre si encensée  veuille bien pénétrer dans son logis…

Ici, Frédéric, un jeune agriculteur bio, père d’un enfant, est maire de sa petite commune. Mais cette fonction pourtant capitale exige un dévouement à toute épreuve et ne suscite pas les vocations… Frédéric aurait fini par autoriser en secret, et donc sans déclaration préalable en application ni permis de construire ni avis du conseil municipal, l’installation d’antennes-relais. Celles-ci font en effet souvent l’objet de réclamations, à cause d’une exposition régulière aux champs électromagnétiques, donc avec à la clé, de sérieux risques-santé. Une étude menée en Autriche entre 1997 et 2007 a conclu à une augmentation significative de cancers dans un rayon de deux cent mètres autour

Cerise sur le gâteau: la baisse du prix de l’immobilier, quand une antenne est sur le terrain d »une habitation ou celui d’un proche voisin, ce qui complique encore les relations entre habitants! La mise en place de ces antennes en ville comme à la campagne est donc régulièrement attaquée mais la loi ELAN (2018) rend plus difficile la possibilité de contester cette implantation et les jolis loyers offerts aux propriétaires des terrains permet de lever les résistances de gens souvent pas riches du tout. L’exploitant d’une antenne-relais doit transmettre un dossier d’information au maire un mois avant le dépôt de la demande d’autorisation d’urbanisme. Lequel maire doit ensuite mettre ce dossier à disposition des habitants qui peuvent «formuler des observations ». Ou s’opposer au projet en envoyant une lettre recommandée avec accusé de réception au maire.
Une charte
impose un niveau maximal d’exposition aux ondes fixé à 5V/m en tout lieu de vie et on peut demander que des mesures de contrôle soient réalisées gratuitement. Enfin, existe une possibilité de recours en référé pour faire suspendre une décision d’occupation des sols. Nous vous en épargnerons les détails… Et que vaut l’action de populations rurales contre la toute puissance de l’Etat, bien mieux armé qu’elles, sur le plan juridique? Une lutte du gros pot de fer contre un petit pot de terre… Le Conseil d’Etat a retoqué un arrêt de la Cour administrative d’appel de Bordeaux: le code général des collectivités territoriales n’autorisant pas le maire, «en l’absence de péril imminent ou de circonstances exceptionnelles propres à la commune, à s’immiscer dans l’exercice de la police spéciale (…) attribuée au ministre chargé des Télécommunications. » Donc, en termes polis: allez vous faire voir ailleurs…

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Voilà ce qu’il vaut mieux savoir -mais on peut aussi s’en passer- sur cette pièce faite de très courtes scènes et avec de nombreux personnages. Samuel Valensi et Paul-Eloi Forget racontent avec saveur les mésaventures de ce maire harcelé et pris dans un conflit d’intérêts. Le texte n’est pas toujours limpide mais les acteurs (en particulier Samuel Valensi (le maire agriculteur), June Assal (Sahar, sa jeune épouse, etc.) Paul-Eloi Forget (le beau-frère du maire, etc.) Valérie Moinet (la banquière, la Préfète, etc.), Michel Derville, (représentant de l’installateur d’antennes-relais, etc.) très bien dirigés sont tout à fait crédibles et ont une excellente diction. Et entre les scènes, Lison Favard, au violon, aère bien les choses.

Nous aimerions que les personnages principaux soient mieux cernés, les scènes plus approfondies et que cette histoire nous soit contée à un rythme parfois moins tendu. Coupures qui tient beaucoup d’un théâtre d’agit-prop, est sans doute un peu trop long. Mais Samuel Valensi et Paul-Eloi Forget maîtrisent très bien ce petit espace -les acteurs passent d’un personnage et d’un moment à un autre avec fluidité- mais moins la temporalité. «Nous voulions, disent-ils, d’un côté appeler le public à décider et de l’autre, montrer toutes les décisions qui, jusqu’à maintenant. (…) Le temps présent est traité dans une unité parfaite de lieu comme de temps. » (…) Le temps passé est quant à lui, traité avec des changements permanents d’espaces et de nombreuses ellipses.» C’est bien joli de se jeter des fleurs mais ce petit cours de philosophie théâtrale n’a rien de convaincant…

Les deux complices semblent découvrir tout à la fois: entrées par la salle, manipulations d’éléments de décor à vue par les acteurs, public qu’on éclaire, musique jouée en direct sur le plateau, comédien assis parmi les spectateurs… Des procédés voulant faire « moderne » mais bien usés… Nous aimerions que, surtout au début, le public soit moins un interlocuteur privilégié, ce qui a toujours un côté facile mais pas très efficace. Et la vidéo de lignes et points projetés sur deux grands châssis ne sert strictement à rien mais c’est la mode actuelle! (voir Un Juge dans Le Théâtre du Blog).
Ces réserves mises à part, le spectacle de cette jeune compagnie traite d’une question politique actuelle et tient la route.  Quant au public, pour une fois assez jeune, il ne boude pas son plaisir, c’est toujours bon signe…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 mai, Théâtre de Belleville, 16 Passage Piver, Paris ( XI ème). T. : 01 48 06 72 34.

 

 

 


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