Corpos d’ Hubert Petit-Phar et Augusto Soledade par la compagnie de la Mangrove

Corpos d’Hubert Petit-Phar et Augusto Soledade par la compagnie de la Mangrove 

Tous les dix ans est organisé un grand raout officiel, diplomatique, donc aussi culturel entre les pays amis que sont la France et le Brésil. Dernière célébration en 2008-2009. Corpos (2024) réunit les Antilles françaises et le Nord-Est du Brésil. Ici, danseurs guadeloupéens et bahianais. Le nom de la compagnie rappelle celui : du Grupo Corpo, fondé en 75 par Paulo Pederneiras, à Belo Horizonte, État de Minas Gerais. Il unissait expression africaine et modern dance et découvert en France à la Biennale de la danse à Lyon en 94.
Dans sa présentation de Corpos au théâtre du Fil de l’eau,  le chorégraphe brésilien Augusto Soledade qui collabore depuis deux ans avec
le Français Hubert Petit-Phar, créateur avec Delphine Cammal, de La Mangrove que le mélange des genres chorégraphiques est à la base de cette pièce. Mais ici, pas de mélange des genres tout court : auteurs et interprètes sont tous des hommes. La pièce, dit Hubert Petit-Phar, « interroge le “masculin” noir pour libérer la créativité humaine ». L’homme et le corps sont donc ici à prendre au sens le plus large.  La question, pour ne pas dire le sujet des corps, vise à interroger  les différences, à révéler les «similitudes dans ce labyrinthe foisonnant de nos cultures ». Corpos veut être aussi « une réflexion commune sur la perception et la représentation du corps noir, confronté aux stigmates, aux préjugés et « aux clichés qui l’enferment .»

 

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La bande originale aide à séparer Corpos en deux parties distinctes. La première partie de la pièce, la plus longue, la plus lente, et la plus mesurée sur des thèmes musicaux électro-acoustiques d’Anthony Rouchier, use des vocabulaires modern jazz, néoclassique et contemporain. Les mouvements ralentis et gracieux de Sebastião Abreu, Alex Lago, Hiago Ruan et Mickaël Top pieds nus, en tenue casual ou pantalon en coton et marcel, sont agréables à voir. La deuxième partie, sur des musiques à danser traditionnelles, proches de la samba, libère les corps, y compris de leur carcan textile-le jupon se substituant au grimpant. Une rustine théâtrale relie ces actes : les danseurs, recyclés comédiens, parlent d’imagination et de « trouver/chercher un chemin» en réduisant l’homme qui marche ou danse, à l’index et au majeur avançant, à même le sol. Chacun pouvant ,en solo, se mettre en valeur d’une façon ou d’une autre.

Au travail à l’unisson, aux duos, portés, poses «B» façon Maurice Béjart et aux groupes sculpturaux, succèdent acrobaties, passes de hip-hop, grandes roues qu’enjolive le déploiement de jupes colorées. Un rasta rompt le quatrième mur, comme cela devient rituel et encourage les spectateurs du premier rang à caresser ses longues tresses. Sans aller jusqu’à parler de transe, ce final est brillant et, en tout cas, festif.

 Nicolas Villodre

 Spectacle vu au Théâtre du fil de l’eau, 20 rue Delizy  Pantin (Seine-Saint-Denis); T. : 01 49 15 70.
 


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