Cendrillon , livret de Gérard Sibleyras et Etienne de Balasy, musique de Giora Linenberg, chorégraphie de Caroline Roélands, mise en scène d’Agnès Boury.
Annoncé comme un spectacle qui devrait séduire autant les petits que les grands, cette nouvelle version musicale du conte ancien, repris par Perrault, puis par les Frères Grimm, s’inspire ici du film de Disney et ses créateurs parisiens ont un sens des affaires évident . C’est sans doute pour cela que cette Cendrillon est tout aussi efficace qu’irritante.
Efficace: les petites filles surtout y trouvent la confirmation de leurs rêves : la belle Cendrillon, fait son apparition au grand bal royal vêtue d’une robe blanche, soyeuse et ravissante, malgré les ruses des méchantes belles-sœurs et de la belle-mère dominatrice- merveilleusement jouée et chantée par Anjaya. Des gloussements de plaisir qui fusaient autour de moi ont tout dit. Les petits adorent aussi les autres invitées du bal, dont beaucoup sont des travestis barbus, voilés, maquillés, chaussés de talons aiguilles et vêtus de robes clownesques. La musique fait écho à ce mélange chaotique, quand les deux sœurs Suzie et Suzon, font leur apparition, déguisées en poupées grunge avec grosses bottes, et perruque fabuleuse de toutes les couleurs. Ces deux bêtes de scène, agressives, prêtes à tout pour épouser le jeune prince, se lancent dans un numéro de rock avec une énergie extraordinaire, et c’est un des moments les plus vivants. La musique, souvent sans intérêt, fonctionne malgré tout grâce aux percussions. Pour les petits de 4 à 10 ans, tout est impeccable.
Mais cette Cendrillon s’adresse aussi à leurs parents, et… le spectacle révèle une chose: les Français n’ont pas encore vraiment compris le fonctionnement de la comédie musicale, un genre créé aux États-Unis et perfectionné plus tard en Grande-Bretagne (Tim Rice, Andrew Lloyd Weber) . Et même quand il s’agit d’un spectacle jeune public (Annie, Le Roi Lion, Peter Pan, Pinocchio), les anglophones sont, eux,davantage capables de créer du grand art, voire de renouveler le genre à chaque fois. Ce qui n’est pas vraiment le cas en France! Cette version de Cendrillon a en effet quelque chose de poussiéreux et vieux jeu. La créativité, la fantaisie, et la vraie magie qui devraient illuminer la scène n’y sont pas tout à fait: la musique se réduit à des sonorités insipides soutenues par les percussions, et les danseurs ont beaucoup de mal et leur premier numéro inspiré de danses irlandaises trahit aussitôt un manque de flexibilité et d’entrainement au jazz-danse, ici raide et sans intérêt, réalisé dans l’intention de ne pas trop exiger de danseurs apparemment peu préparés à ce genre de spectacle.
Le théâtre musical, rappelons-le, dépend d’une étroite collaboration entre la danse, la chorégraphie, qui ont autant d’importance que le chant, et le travail des chanteurs-comédiens. Ici, le déséquilibre et la pauvreté des moyens scéniques sont trop évidents! La belle voix de Frank Vincent (le père de Cendrillon) vient directement de la bonne tradition de l’opéra lyrique…Mais dès qu’il ouvre la bouche, il transforme les autres artistes en chanteurs du dimanche. Aurore Delplace (Cendrillon) a une voix très inégale qui est plus à l’aise dans les basses, mais qui, dans les registres élevés, force et devient alors perçante et criarde.
Heureusement, pour les enfants, cela leur importe peu!! Et ils adorent cette princesse qui finit par retrouver son prince charmant. Caroline Roelands est une cuisinière à la voix très chaude , qui lui sert bien dans les moments d’intimité comique avec le chambellan du prince, que chante aussi Franck Vincent. Mais en bonne fée, cette fois, elle manque de charme, et son jeu, un peu trop appuyé, tombe à plat. Thomas Maurion, le confident de Cendrillon est à la hauteur de ce personnage très physique et il séduit les petits, même s’il est obligé de se débattre avec un texte souvent bavard. Le décor est solide, parfois élégant, voire par moments très beau- comme ces horloges en fer forgé qui remplaçent la carrosse même mais tous les accoutrements du palais sont remplacés par des dessins un peu fades, projetés contre le mur de fond. Le grand escalier au centre de la scène qui s’ouvre et se referme pour les changements de décor, est une excellente trouvaille et sert bien les moments les plus dramatiques.
Un spectacle donc destiné aux enfants qui souhaitent retrouver leurs personnages adorés sur scène, mais s’ils ne sont pas encore capables de faire la distinction entre rôle et comédien.Mais la qualité de cette Cendrillon se rapproche beaucoup de celle d’un événement conçu dans un studio de télévision où les moyens de production manqueraient (la manière de représenter la transformation de Cendrillon en princesse, ou la musique pré-enregistrée!)… Quant aux parents, ils y trouveront leur plaisir, non dans la qualité du le spectacle mais parce que leurs enfants y auront passé un excellent moment! Et c’est une chose à prendre en compte…
Alvina Ruprecht
Théâtre Mogador à Paris.
[gv data= »http://www.youtube.com/?v=B9Pg1Pr7zGg »][/gv]
Laisser un commentaire