Caen amour

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Festival d’Avignon:

Caen amour , chorégraphie de Trajal Harrel.

 Sous forme de défilé de mode, cette performance d’une heure nous transporte dans  l‘imaginaire du chorégraphe new-yorkais, nourri par la danse moderne américaine, en particulier, celle de Loïe Fuller.
Les artistes tiennent à bout de bras ou près du corps, sans les porter, différents costumes de Junya Watanabe, Raf Simons ou autres couturiers. Ils se déhanchent, caricaturant les postures des mannequins, dans le style du voguing, une danse née dans les clubs gay afro et latino-américains à New-York, dans les années soixante-dix. Deux danseurs et une danseuse, parfois nus, tournent autour d’un décor en bois rappelant les voûtes du cloître des Célestins.

Nous avons souvent souligné l’interaction entre le monde de la mode et celui de la danse : avec un défilé théâtralisé à l’excès, Trajal Harrel  dénonce indirectement le sexisme et le colonialisme du XIXème siècle à l’exposition universelle de Chicago, avec une danse du ventre orientale, qui a ensuite inspiré les Hoochie-Coochie shows. 
Son père appréciait en cachette ces spectacles qui furent pour lui son premier contact avec la danse. Voguing et hoochie-Coochie nourrissent donc Caen amour. Ainsi le chorégraphe donne une une caution intellectuelle à ce spectacle et, en se trémoussant sur des musiques des années 70, accueille les spectateurs dont certains vont s’asseoir sur des coussins pour être au plus près des artistes, et sont invités, pendant le spectacle, à découvrir l’autre côté du décor.
Une double circulation s’instaure donc : celle des artistes, et celle du public qui apprécie pleinement cette pièce: rien de nouveau mais Trajal Harrel bouleverse nos codes de perception de l’art, et ce Caen amour décalé, est plus proche d’une performance que d’une chorégraphie. Comme par miracle, ici, ni micro ni vidéo: rien que pour cela, on a envie d’embrasser l’artiste, et de le remercie longuement pour la gaîté légère qui régnait ce soir-là dans le cloître….

 Le festival d’Avignon a vraiment grand besoin de ce genre de soirée!

Jean Couturier

Le spectacle s’est joué au Cloître des Célestins, du 9 au 12 juillet.
betatrajal.org

 


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