Britannicus

 

 

 

Britannicus, de Jean Racine, mise en scène Jean-Louis Martinelli

Il faudrait se mettre à la place du spectateur qui voit Britannicus pour la première fois, quand, en habitué des théâtres, on se prend à écouter la pièce comme un vieil opéra. Néron a bien donné l’air de l’enlèvement de Junie, Agrippine un peu moins celui du réveil de son fils empereur mais très bien celui de son aveuglement prophétique au dernier acte, Britannicus celui des reproches injustes à Junie, et ainsi de suite. Passons : ce n’est pas le bon angle. Jean-Louis Martinelli s’est donné comme discipline précisément d’échapper à la « scène à faire » et à l’anticipation : les personnages ne savent pas à l’avance ce qui arrive, et tout ce qu’ils disent doit provoquer un jeu d’actions et réactions. Principe même du théâtre.

Donc, ce jour-là – car les fameuses vingt-quatre heures de la tragédie classique sont décisives – Néron, empereur, a fait un coup d’État, il a enlevé la noble Junie, fiancée de son demi-frère évincé, Britannicus, ôtant ainsi à sa mère Agrippine une pièce maîtresse de son jeu d’échec : « l’impatient Néron cesse de se contraindre ». Ce jour-là, Néron bascule du côté des tyrans, Agrippine perd son pouvoir d’impératrice et de mère, Britannicus perd la vie, Burrhus perd l’illusion de reconduire Néron sur le droit chemin, Narcisse le traître, l’homme au double jeu dont il essaie de « tirer son épingle », est massacré par la foule, et pour achever cette ronde des défaites et des désastres, Néron, inutile vainqueur, perd Junie, réfugiée chez les intouchables Vestales. Sans oublier Albine, la confidente d’Agrippine qui, elle au moins, gagne en clairvoyance tout au long de la pièce. Il est vrai qu’elle revient de loin.

Racine a remarquablement concentré l’histoire donnée par Tacite, il le traduit parfois littéralement avec un vrai génie. C’est l’histoire d’un « monstre naissant », pas si loin du Titus de Bérénice sur une question au moins : comment devient-on vraiment empereur ? Il faut une rupture. Rupture amoureuse pour Titus, rupture totale pour Néron : avec sa mère, avec son passé, avec ses éducateurs, avec la morale, avec la prudence. « Néron jouit de tout » : c’est ce qui fait la tyrannie, la pulsion pulvérisant la politique. Mais jouit-il de tout ? Junie au moins lui échappe, jusqu’à le rendre fou.

Tout cela, et bien d’autres choses encore tant la pièce est riche, il faut le jouer sans le déjouer. Difficile. Ici la probité de Jean-Louis Martinelli, qui l’incite à ne pas « faire le travail du spectateur » en lui traçant un chemin d’interprétation, joue souvent contre le spectacle. Celui-ci flotte parfois, dans le décor classique et juste de la ratière qu’est un palais : qui en connaît vraiment les détours ? Et pas de sortie : chacun est ramené au centre du jeu, tour à tour. Mais il y a là trop de moments, trop de mouvements indécis et indécidés. À voir quand même, pour la pièce, pour les hauts et les bas des acteurs, et pour Anne Suarez, superbe Junie, constamment au plus haut.

Christine Friedel

Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 27 octobre – 01 46 14 70 00

 

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Britannicus de Racine, mise en scène de Jean-Louis Martinelli

De Britannicus nous gardons un souvenir inoubliable de la mise en scène du Théâtre de la Salamandre à Tourcoing, voilà une trentaine d’années avec Marief Guittier en Agrippine ravageuse… Celle de Martinelli tient sagement la route avec une scénographie imposante de Gilles Taschet, un immense palais à colonnes et un plateau tournant lentement, on croit rêver.
Grégoire Oestermann (Narcisse) joue l’hypocrisie à merveille, Anne Benoît une solide et déchirée Agrippine, Jean-Marie Winling un honnête Burrhus, Éric Caruso en hypocrite Néron ressemble aux effigies d’anciennes pièces de monnaie. On ne décroche pas un instant car cette belle langue est honnêtement mâché dite.

Edith Rappoport

Théâtre des Amandiers de Nanterre, jusqu’au 27 octobre 2012 T: 01 46 14 70 00


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