Artus One man show d’Artus et Frédéric Hazan, mise en scène d’Artus
Depuis l’ouverture de la billetterie, le spectacle affiche complet partout en France. Le premier film d’Artus, Un petit truc en plus, sorti en mai 2024, a dépassé toutes les espérances de fréquentation avec onze millions d’entrées ! Un phénomène inattendu, quand on sait qu’il traite du handicap… avec un humour caustique. Les acteurs ont eu les honneurs du tapis rouge au festival de Cannes mais tout n’avait pas été prévu pour les accueillir et le metteur en scène a dû prendre dans ses bras Sofiane, l’un d’eux, pour lui faire monter les marches.

Paradoxe de notre société qui se glorifie de l’organisation des Jeux paralympiques 2024! Mais le Gouvernement oublie de nommer un ministre au handicap! Et le livre-souvenir officiel de Paris 2024 n’intègre pas les Jeux paralympiques! En digne héritier de Coluche et de Pierre Desproges, Artus pratique un humour violent et salutaire où personne n’est épargné. Ce solo est réduit à «un sommet de vulgarité» par la même presse qui estimait Coluche vulgaire…
Sans doute un gage de qualité ! En quelques mois, devenu un porte-parole du handicap, il dérange une société bien-pensante qui n’apprécie pas la démesure, même pour une noble cause. Il évoque la sexualité et le handicap, problème ignoré par les institutions de l’hexagone. Alors qu’aux Pays-Bas, l’assistance sexuelle par des prostituées, de personnes handicapées, est reconnue comme soin et remboursée par les assurances sociales des collectivités.
Pour aider son ami Sofiane à réaliser son rêve, avant que sa maladie ne l’emporte, Artus a donc été obligé de l’emmener à Amsterdam… Mais chez nous, certains condamnés à perpétuité pour meurtre, sont autorisés à avoir des relations sexuelles en prison et peuvent ainsi devenir père. Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France !
Transmettre un message de tolérance sur la différence est le credo d’Artus, il utilise tous les moyens dignes de «l’humour Charlie Hebdo»: prendre un accent étranger, ce qui semble offensant aujourd’hui, faire des jeux de mots parfois mal perçus par certains, évoquer des images bouleversantes de la Shoah avec, pour en adoucir la perception, un accent brésilien mélodieux. Artus évoque une de ses passions : le rugby et son langage peu poétique. Il se moque aussi de son surpoids, ce qui l’amène avec sa femme à faire en Allemagne un jeûne sévère. Et le mot clystère cher à Molière, et ses conséquences, est ici longuement évoqué…
Dans un final délirant, il incarne un Président de la République handicapé, en costume à paillettes bleu-blanc-rouge, prenant des décisions absurdes, comme souvent aujourd’hui, nos politiques de tout bord ! Il finit en paraphrasant à nouveau Pierre Desproges: «On peut rire de tout, et en rire avec tout le monde.”Un solo bien utile dans une période vérolée par les hypocrisies.
Jean Couturier
Jusqu’au 31 décembre,Théâtre Edouard VII, 10 place Edouard VlI, Paris (IX ème). T. : 01 47 42 59 92. Puis en tournée dans toute la France.
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