Okina, conception et mise en scène de Maxime Kurvers

Okina, conception et mise en scène de Maxime Kurvers

C’est une reprise d’un spectacle créé il y a deux ans. Le metteur en scène et scénographe, assistant du chorégraphe Jérôme Bel, s’est orienté vers le théâtre conceptuel, notamment dans Quatre questions à Yoshi Oida (2022), un dialogue  avec l’acteur japonais Yoshi Oida (l’acteur bien connu de Peter Brook), autour de la transmission, de la mémoire et de l’éthique du théâtre.
Ici, il dirige à nouveau Yuri Itabashi, une actrice japonaise de spectacle contemporain. Comme femme, elle n’a pas le droit de toucher à un masque et ne peut  donc interpréter Okina, un nô dont les codes sont nés au XV ème siècle. Vu son caractère religieux, il est encore uniquement jouée par des hommes. 

Maxime Kurvers a résidé plusieurs mois au Japon pour y étudier les pratiques théâtrales et leurs modes de jeu.  » A Tokyo, j’ai assisté à une représentation du nō Hagoromo. Le shite- l’interprète principal- était une actrice d’une trentaine d’années. J’ai immédiatement souhaité la rencontrer pour la questionner sur son parcours, mais aussi sur l’organisation de son travail au sein d’un milieu que j’identifiai alors comme pour le moins hiérarchisé (avec des maîtres et des disciples) et patriarcal (les maîtres étant exclusivement des hommes).(…) Je lui ai simplement demandé si elle avait le droit de jouer tout ce que jouent les acteurs masculins. Et elle m’a répondu: oui, à l’exception d’une seule pièce Okina. (…) Elle emprunte sa forme aussi bien aux danses populaires masquées des fêtes en début d’année, qu’aux mimes liturgiques, adaptés des textes sacrés par les moines bouddhistes. (…) A part du nō classique, Okina n’a pas réellement de narration mais est fondé  sur des danses rituelles.  Avec le personnage d’ un vieil homme, au masque blanc (okina) puis avec un masque noir (samba-sô),  visage creusé de rides mais au large sourire, appelant à la prospérité des cultures à venir et à la paix sur la terre. »

 

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Donc, pour contourner cette interdiction de faire interpréter Okina par des actrices, il a choisi d’écrire un solo d’après l’original et pour une seule actrice. Itabashi est issue du théâtre contemporain japonais, en privilégiant la parole et la danse.  Elle va d’abord nous expliquer l’architecture et le fonctionnement du théâtre nō. Mais aussi pourquoi Okina a tout d’un rituel religieux et  participe d’une catharsis :  » purgation » un mot emprunté au vocabulaire médical et souvent employé par Aristote mais une seule fois dans La Poétique . « La tragédie (..) est une imitation faite par des personnages en action, et non au moyen d’un récit, et qui, suscitant pitié et crainte, opère la purgation propre à pareilles émotions. »En japonais: kegare (souillure) quand un être humain est en contact avec la mort, l’accouchement, la maladie, les règles, d’où l’interdiction faite aux femmes de jouer. « 

Sur ce grand plateau au sol blanc, elle explique en détail la scène du nō: le Hashigakari, longue passerelle  à gauche,  avec sur le côté dans le fond, trois pins de tailles décroissantes, symbolisant le passage entre le monde des vivants et l’au-delà. Les quatre piliers qui soutiennent le toit des salles traditionnelles en plein air et qui servent aussi de repères aux acteurs masqués.  A gauche, le Kagami-no-ma,  « salle aux miroirs  »  où, en coulisse, l’acteur met son masque et se concentre avant d’entrer.
Ici, côté jardin, une table à tréteaux avec un ordinateur, de nombreux accessoires puis sur un tissu argenté, une sorte d’autel avec deux bougies que l’actrice allumera (donc peu visibles par les spectateurs  assis côté cour, dont nous!) , des fils suspendus en  rectangle où l’actrice, montée sur un escabeau, suspend de petits carrés de papier.  En fond de scène, un rideau vraiment laid! représentant un pin. Et deux écrans pour les surtitrages (en français et en japonais).
Et cela donne quoi? Cette sorte de mini-conférence -assez didactique- commence par intéresser les spectateurs qui ne connaissent rien du théâtre japonais….  Mais nous ne sommes ni dans une vraie conférence, avec images projetées, ni dans une représentation de no, comme il y a une quarantaine d’années, le Festival d’Automne en offrait régulièrement à un public parisien émerveillé par une rigueur scénique et musicale mais aussi par les somptueux costumes. Ici, l’actrice est en short noir, chaussettes blanches: un costume neutre et sans intérêt. Dans ce spectacle, ce que l’on suppose être parfois un second degré, ne fonctionne pas. Et l’ennui s’installe vite…
Heureusement, à la presque fin, l’actrice met un beau masque blanc à la mâchoire articulée, puis un autre, noir, sans doute moins réussi. Et elle se met à danser… Un  moment exceptionnel et enchanteur mais le reste de ce spectacle nous a laissé sur notre faim. Dommage…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 24 septembre, à la Maison de la Culture du Japon , 101 bis, quai Jacques Chirac, Paris (XV ème). 
Le 25, et le 26 septembre avec une rencontre avec l’équipe artistique, à l’issue de la représentation. T. : 01 44 37 95 95


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