Adieu Gérard-Henri Durand
Il nous a quittés le 10 août, alors qu’il allait présenter les œuvres de quatre autrices américaines qui lui étaient fort chères : Joan Didion, Tony Morisson, Joyce Carol Oates, Susan Sontag. Une voix s’est éteinte, passionnée de radio, de théâtre, de littérature et de l’Autre.
Né il y a quatre-vingt six ans à Autun, Gérard-Henri Durand mena une carrière d’enseignant à l’Education nationale avec des étudiants en littérature anglaise et il fut aussi journaliste à France-Culture. Mais il fréquenta aussi les auteurs anglo-saxons et américains dont il fut parfois le traducteur et de dramaturges, metteurs en scène et comédiens. Le monde lui parle et il en parle, via le théâtre, les œuvres littéraires…
Au début des années 1950, Gérard-Henri Durand fait partie du Groupe antique de la Sorbonne dont les tournées le mèneront en Grèce, en Sicile… Le goût pour le grec ancien le conduit à traduire Médée d’Euripide (Actes Sud, 1989). En 1954, non sursitaire, il est appelé et ira trois ans dans le djebel constantinois… Cette guerre d’Algérie fut comme pour lui comme pour beaucoup de sa génération, une expérience douloureuse
Il renoua avec le théâtre après mai 1968 et voyagea aux Etats-Unis où il retrouve la fameuse compagnie de marionnettes, le Bread and Puppet de Peter Schumann. Il rencontre aussi Susan Sontag dont il fit la première traduction du Bienfaiteur, puis de Voyage à Hanoi et La photographie (Seuil), enfin Artaud (Bourgois).
Ce passionné de cultures, de mondes «autres» et d’une société meilleure à reconstruire, rencontra Ivan Illich à Cuernavaca au Mexique. Il collabore à ses deux premiers ouvrages et les traduit : Libérer l’avenir et La Société sans Ecole (éditions du Seuil, 1971). Il n’était pas peu fier de rappeler sa participation à l’élaboration du concept de convivialité, le mot-clé d’un esprit d’ouverture existentielle.A la recherche d’auteurs américains pour les éditions Julliard, Gérard-Henri Durand séjourne dans une réserve indienne, expérience fondatrice et emblématique à partir de laquelle il écrira Le Dieu Coyote (Garnier, 1979 et Phébus, 2004 ). Il traduit aussi Un livre de raison (Julliard) de Joan Didion qu’il connut en Californie. Et il rencontre aussi Vladimir Nabokov, deux ans avant sa disparition. Une amitié, si brève soit-elle, qui le fit écrire une préface et traduire L’Extermination des tyrans, Une beauté russe et Brisure à Senestre (Julliard, puis Gallimard).
Gérard-Henri Durand entre à France-Culture en 1978… Collaborateur du Panorama, il produit aussi de nombreuses émissions de littérature et sur le théâtre, des reportages. Ainsi, résonnait, au cours des années 1990, Le quatrième Coup, le lundi à laquelle nous avons eu le plaisir de collaborer. En compagnie d’une tribune plutôt joyeuse de critiques, chaleureusement accueillis, dont Fabienne Pascaud, Armelle Héliot, Didier Méreuze, Gilles Costaz, Guy Dumur, Odile Quirot, Chantal Boiron, Jean-Pierre Han… Dans une ambiance bon enfant et joviale, ouverte, mais sans complaisance.
Tous les mois aux Mardis du théâtre, il se penchait plus longuement avec Yvonne Taquet sur le travail d’un metteur en scène de théâtre, d’un auteur ou d’un comédien. Alain Trutat, Jacques Duchâteau, Michel Bydlowski, Laure Adler, Pascale Casanova, Roger Dadoun… ses amis de toujours à la radio. Gérard-Henri Durand poursuivra plus tard son activité littéraire : articles et préfaces, pièces et poèmes… Publiant entre autres et montant Mon frère, mon amy (Les Quatre-Vents, 1993), sur l’amitié entre Montaigne et La Boétie, où il interprétait l’auteur des Essais.
Il met aussi en scène Mademoiselle Julie de Strindberg au Centre Dramatique de Rennes. Puis il écrit, monte et joue Robert Desnos, spectacle où joue son épouse, Viviane Maupetit au Théâtre Molière à Paris. Il joue aussi dans Roméo et Juliette monté par son ami de longue date François Roy et dans L’Homme qui rit de Yamina Hachemi. Et au cinéma, en 2005 dans Un Couple parfait de Nobuhiro Suwa.
Et il fait nombre de traductions avec ferveur. En 2011, il écrit pour La forge des mythes/instant théâtre, L’homme qui voit et Empédocle où il interprète le philosophe. Il devait encore en septembre présenter le travail de ses amies auteures américaines citées plus haut au Café Vert, un lieu convivial du Pré-Saint-Gervais où il habitait. Il est parti avant, rejoignant deux d’entre elles, Tony et Susan. Nous regretterons cet ami éloquent et nous pensons à son épouse Viviane Maupetit-Durand, et à sa fille Anaïs, qui a repris le flambeau de la mise en scène…
Véronique Hotte
La cérémonie d’adieu à Gérard-Henri Durand aura lieu le vendredi 16 août à 13 h au crématorium du Père-Lachaise, Paris (XX ème). Entrée : 71 rue des Rondeaux. Métro Gambetta.
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