Viva d’après des textes de Charlotte Delbo, adaptation de Mathild Schaller et Valentine Catzéflis,mise en scène de Valentine Catzéflis

Viva d’après des textes de Charlotte Delbo, adaptation de Mathild Schaller et Valentine Catzéflis,mise en scène de Valentine Catzéflis 

 

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Charlotte Delbo (1913-1985), membre des Jeunesses communistes est l’assistante de Louis Jouvet en 37 et a pris en notes ses célèbres cours au Conservatoire National (publiés chez Gallimard). En tournée en Amérique du Sud avec Louis Jouvet que les Allemands ne supportaient plus, elle voudra rentrer en 41 et s’engagera dans la Résistance avec son mari Georges Dudach.
Arrêté avec elle, il sera fusillé au Mont-Valérien en 42. Elle sera déportée à Auschwitz-Birkenau en 43 avec 230 femmes aussi résistantes en majorité  et sera affectée à des travaux très durs. Puis avec quelques autres  à ceux du camp agricole à Raïsko où elle trouvera la force de monter Le Malade imaginaire de Molière. Ensuite,  transférée à Ravensbrück en 44 où elle échange sa ration de pain contre un Misanthrope. Et elle l’apprend par cœur et se le récite pour arriver à supporter les appels debout de plusieurs heures.
Elle sera libérée l’année suivante mais seulement quarante-huit de ses compagnes reviendront avec elle en France…  Elle travaille de nouveau avec Louis Jouvet jusqu’à sa mort en 1947. Puis trouve un emploi à l’ONU  à Genève comme traductrice interprète. Elle a ensuite plusieurs emplois, dont un d’une année  à Athènes.  Entre 46 et 82, elle écrira entre autres, Le Convoi du 24 janvier et Auschwitz et après. Charlotte Delbo sera la première à s’opposer aux thèses négationnistes de Robert Faurisson et dénoncera aussi fermement la guerre d’Algérie. 

En 1974,  Jacques Chancel l’invite à une Radioscopie pour Qui rapportera ces paroles? Un spectacle qu’elle avait réalisé, trois décennies après être revenue vivante de l’enfer au quotidien pendant deux ans. Mathild Schaller et Valentine Catzéflis ont eu la bonne idée de monter des extraits de récits écrits par Charlotte Delbo et se sont inspiré pour en faire une sorte de dialogue entre elle et Jacques Chancel.  On y entend comment ses compagnes de malheur et elle ont pu résister dans les camps à la barbarie et vivre malgré des conditions extrêmes: froid, boue, neige, travail épuisant, faim, grâce à une solidarité sans failles… Les moins épuisées soutenant celles  proches de la mort… Et essayant malgré toutes leurs souffrances physiques et psychiques  de croire à un possible retour en France.Sur cette petite scène, juste une table de cuisine, deux chaises, un tabouret en stratifié vert pâle des années soixante et quelques micros sur pied. Et Le même costume: un pantalon et un haut crème. Mathild Schaller a une toque de fourrure et Valentine Catzéflis, les lunettes de Jacques Chancel, ce qui apporte une certaine distance, comme leur sourire de ces jeunes actrices, quand elles racontent l’indicible de ce témoignage clairement exprimé mais toujours avec une certaine pudeur par Charlotte Delbo. Yvon Chagué, à la guitare apporte quelques respirations bienvenues.

 A la fin, sur une perche en fond de scène, les actrices déroulent et accrochent en silence une toile où sont inscrits les prénoms: Marie, Raymonde, Marcelle… de toutes ces jeunes femmes aujourd’hui disparues et que Mathild Schaller et Valentine Catzéflis réussissent à faire revivre. Bouleversant… Un spectacle quelquefois encore un peu brut de décoffrage mais remarquablement mis en scène et interprété.Philippe du Vignal

Spectacle vu le 30 septembre jusqu’au 9 octobre à 20 h; les 3 et 10 octobre à 16 h et 20 h, au 100  Etablissement Culturel Solidaire, 100 rue de Charenton, Paris ( XII ème). T. : 01 46 28 80 94.

 


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