Le Livre de K, texte et mise en scène de Simon Falguières
La compagnie de cet auteur et metteur en scène, a aussi pour nom, Le K. Comme celui de Kafka qui a inspiré. Sur un lit d’hôpital, K. un écrivain de trente-six ans, très malade, essaye malgré tout de finir son dernier livre et ses personnages dans un pays sous la neige. Il y a, dans ce pays, un château où règne un dictateur qui n’a plus qu’un œil…
Alma, jeune poétesse et son frère jumeau Mathéo devienne adultes auprès d’une mère sourde qui pratique la Langue des signes. Alma refuse de se soumettre mais Mathéo, lui, choisit de collaborer. Il y a aussi une amie qui apporte au jeune écrivain des cassettes à écouter. Et de nombreux personnages secondaires.
«La pièce, dit l’auteur et metteur en scène, est aussi un hommage au Château, œuvre inachevée de Franz Kafka et se déroule sur plusieurs niveaux de narration : le dernier combat d’un écrivain contre l’effacement, l’invention d’une fable politique sur la montée des régimes totalitaires et une réflexion sur ce qui demeure après la disparition de l’auteur. »

Sur le grand plateau, une scénographie rigoureuse : un mur de fond, comme fait de papiers collés blancs et côté jardin, des châssis juxtaposés. Côté cour, de nombreux accessoires qui serviront pendant le spectacle : tapis, armoire sans fond, chaises et table noires, service à café, piano droit. Mais aucune chronologie, aucun personnage solide… Chacun est prié de ne pas se perdre dans ce long récit poétique. Mais, passé les vingt premières minutes et même avec des scènes plus théâtrales et de belles images, cela ne peut fonctionner! Le Nid de cendres de cet auteur et metteur en scène, une pièce longue (plus de sept heures) mais jamais ressentie comme telle, avec aussi, de très nombreux personnages, reste un merveilleux souvenir. Créé au festival d’Avignon, il était éblouissant de folie, d’ humour et de poésie. Comme ce spectacle de tréteaux sur la vie de Molière, bien construit, fulgurant, et drôle (voir Le Théâtre du Blog).
Mais ici, à part quelques scènes qui font vraiment théâtre: celle où une écrivaine reçoit un amie chez elle mais comme où elle sait que la police secrète a mis des micros partout, elles s’écrivent des papiers écrits! qu’elles iront brûler vite fait dans la chaudière symbolisée par un tapis et quelques lueurs rouges. Ou, quand, sur une petite scène installée sous une tente, un bouffon sorti tout droit de Shakespeare et joué par un Simon Falguières excellent, apporte un peu de fraîcheur.
Mais la dramaturgie fait défaut: François Truffaut disait de ce maître du scénario qu’était Alfred Hitchcock: « Le cinéaste le plus accessible à tous les publics, par la simplicité et la clarté de son travail. » Et cela vaut aussi pour un metteur en scène de théâtre… Ici, l’entassement de séquences, sur deux heures et demi, manque singulièrement de rythme et, ce qui n’arrange rien, Simon Falguières utilise les stéréotypes actuels: micros H.F., titre des séquences à chaque fois indiqué sur le mur du fond, lumières latérales esthétisantes, déménagements incessants et pénibles de meubles et châssis, comme récemment chez Ariane Mnouchkine, piano jouant parfois tout seul et, bien sûr de temps en temps, quelques nappes de fumigène…
Les onze interprètes font le boulot, même si la diction n’est pas toujours au rendez-vous. Simon Falguières sait très bien et créer de belles images et gérer ce grand espace, mais beaucoup moins, le temps!
Et on s’ennuie vite à ce trop long Livre de K , encore une fois aux images souvent d’une réelle beauté mais dont le texte reste confus jusqu’au bout. Honnêtement, nous ne pouvons vous conseiller d’aller voir ce spectacle décevant et qui n’a vraiment rien de la « fresque onirique » annoncée par l’auteur. Et on ne voit pas comment il pourrait évoluer… Dommage.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 17 octobre, Théâtre Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de-Seine). T.: 06 07 14 81 40 ou 06 07 14 47 83.
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