Il y a quelques étroit gradins en bois, des tabourets et coussins par terre pour une soixantaine de spectateurs. Pas de scène mais un espace assez étroit d’une douzaine de mètres de longueur. D’où une grande proximité avec le public. Les changements de costume se faisant à vue dans l’ombre.
Bertrand de Roffignac a voulu faire de L’Anomalie, une sorte de laboratoire avec une programmation de spectacles, performances, concerts, projections de films. Et il a accueilli entre autres Olivier Py, Jean Lambert-wild, Karelle Prugnaud, Stanislas Nordey, Arthur Dreyfus, Zakary Bairi, Suzanne de Baecque.. Et tout un public jeune, voire très jeune, est venu dès la création de ce lieu… Bertrand de Roffignac avec son Théâtre de la Suspension a déjà créé plusieurs spectacles très intéressants (voir Le Théâtre du Blog). Grand Peur et Misère de la V ème République est son nouvel opus sur le thème de la France actuelle qui a peur des extrêmes en politique mais aussi des émigrés, de l’I.A., d’une fin de la démocratie, d’une guerre possible en Europe, d’une nouvelle et redoutable sécheresse due à la crise climatique…

Dans ce curieux pays souvent critiqué par ses habitants et adoré par quelque cent deux millions de touristes chaque année, un producteur et un réalisateur de films d’horreur s’interrogent sur la possibilité de créer une fiction susceptible d’être encore plus terrible que le monde où nous vivons. Bertrand de Roffignac, en une quinzaine de séquences dont le titre s’affiche à chaque fois sur grand écran (sans doute pas l’idée du siècle!) nous offre une sorte de cabaret mêlé à des scènes d’extrême violence façon grand guignol avec du (faux) sang un peu partout.
Et, vers la fin, il y a un règlement de comptes assez drôle avec l’actuel directeur de l’Odéon, juste cité comme: Julien. Mais ce sketch ne fait rire que les initiés et les copains. Comment ne pas être partagé? D’un côté, une bonne mise en place dans un espace pas facile à gérer avec seulement la porte latérale d’entrée et un dégagement frontal. La direction d’acteurs est correcte mais Bertrand de Roffignac fait crier en permanence Maximilien Seweryn, Louis Albertosi, Céline Cheenne, Perrine Mechekour, Rodolphe Menguy et Charlotte Planchou, déà équipés de micros H.F.! (Cela devrait s’arranger après cette première mais c’était assez pénible!).
Et même si ces six interprètes et cinq techniciens font le boulot, rien à faire, le texte ne décolle jamais. Bon, il y a parfois de belles images, comme cette jeune femme émouvante en pantalon, veste et haut-de-forme noirs qui chante au début, et à la fin… Ou ce grand rideau rouge qui s’ouvre en coulissant sur un fil… Indéniablement, Bertrand de Roffignac, influencé, entre autres, par Bob Wilson, sait faire et a le sens de l’image. Oui, mais… le texte est vraiment faible et l’auteur-metteur en scène use des mêmes procédés utilisés partout et dans son précédent spectacle: fumigènes à gogo, éclairages stroboscopiques, ronflements de basses électroniques, micros H.F., montée d’acteurs sur une échelle, pianiste jouant en permanence mais tué d’un coup de feu et s’écroulant sur son piano…
Tout cela est bien conventionnel et ne fait pas vraiment sens et dans cette salle toute en longueur, les pauvres spectateurs côté jardin vient très mal ce qui se passe côté cour et réciproquement. Le spectacle bascule donc vite dans un ennui pesant. Cette fois, le gourmand et talentueux Bertrand de Roffignac est allé trop vite et cela se voit. Dommage, il y a là un travail indéniable. Nous aimerions bien le voir mettre en scène un texte moderne ou classique: il en a toutes les capacités et cela pourrait être assez étonnant…
Jusqu’au 25 septembre, L’Anomalie, 14 rue de la Grande Chaumière, Paris (VI ème).
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