Renversante, d’après le roman de Florence Hinckel, Renversante, adaptation de Léna Bréban et Thomas Blanchard, mise en scène de Léna Bréban

Renversante, d’après le roman de Florence Hinckel, adaptation de Léna Bréban et Thomas Blanchard, mise en scène de Léna Bréban

C’est une reprise du spectacle, issu du roman pour enfants édité en 2019 et bien connu, produit par l’Espace des Arts- Scène nationale de Chalon-sur-Saône Il a déjà été joué avec succès dans de nombreux établissements scolaires et nous l’avions vu il y a déjà cinq ans. Léna Bréban y avait aussi présenté Verte, un  beau spectacle pour enfants (voir Le Théâtre du Blog)
L’autrice, après une licence de programmation analytique, devint professeure des écoles à Marseille, en Guyane et Guadeloupe. Puis elle s’est consacrée entièrement à l’écriture avec surtout des séries pour les enfants et adolescents comme La Famille Papillon, Le Chat Pitre, Nos éclats de miroir, L’Eté où je suis né, Les Copains, le soleil et Nabila. Et dans Le Grand Saut, elle traite d’un sujet qu’elle a bien connu comme enseignante…  l’inégalité des chances. Florence Hinckel a aussi une réflexion critique sur des thèmes de société actuels, comme l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, le transhumanisme…

 

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Renversante qui a été joué dans les établissements scolaires de Saône-et-Loire, a été produit par l’Espace des Arts-Scène nationale de Chalon-sur-Saône. Dans Renversante,  Florence Hinckel utilise un procédé littéraire et artistique bien connu : l’inversion, avec une rare virtuosité d’écriture.
Des adolescents Léa et son frère Tom, découvrent que les rues et établissements scolaires ont des noms de femmes célèbres: rue Jeanne d’Arc, Lea: rue Louise Labbé, allée Maria Callas, place Olympe de Gouges, boulevard Marie Curie. Et ils trouvent que  Papa a raison : il n’y a pas beaucoup de noms d’homme. 

Lea en rajoute une couche: « Ce n’est pas de leur faute, c’est juste parce que les pauvres ont passé des siècles et des siècles à devoir faire le ménage, la cuisine, les courses et qu’on ne peut pas tout faire dans la vie. Tom : Oui mais du coup, ils n’ont pas eu le temps de s’instruire et créer des choses. Léa: Ils peuvent être fiers quand même, parce qu’ils font la plus belle des choses au monde.  » Tom et Léa ensemble : Ils élèvent les enfants ! »

Ces deux-là remarquent aussi que, dans toutes les écoles, le féminin l’emporte sur le masculin. Réputé plus noble que le masculin à cause de la supériorité de la femelle sur le mâle. Et on ne semble pas vouloir remettre en cause cet ordre établi depuis si longtemps. Mais Léa et Tom réfléchissent aux clichés de la domination féminine…jusque dans leur cour d’école. Tom pense en effet que les filles prennent toute la place dans la cour et que les garçons n’ont plus qu’un petit espace pour eux. Mais Léa lui répliquera vertement. Et entre eux, il est aussi question de couleur masculine ou féminine. Léa : J’ai réalisé que la couleur rose, traditionnellement associée aux filles, n’était pas du tout mal vue. Tout le monde porte du rose, garçons ou filles, sans être moquée. Tom : Alors que pour le bleu, c’est très différent. Léa : Comme bleu = garçons, cela signifierait que les garçons sont vraiment mal perçus dans la société ? J’ai un petit peu de mal à le croire. »

Le frère et la sœur enfoncent le clou avec une certaine jouissance. Tom: Stop ! C’est bizarre, cette règle grammaticale qu’on nous apprend à l’école, que le féminin l’emporte toujours sur le masculin. Les dialogues de l’adaptation qu’en a faite Léna Bréban sont incisifs: la place des hommes et des femmes ainsi revue et corrigée devient aux yeux des spectateurs assez aberrante mais, seule réserve, la démonstration à  tendance féministe de Florence Hinckel est quelquefois appuyée. Le procédé artistique et littéraire de l’inversion est connu depuis le XII ème siècle et on peut ainsi voir sur le tympan de l’abbatiale de Conques (Aveyron) une femme sur les épaules d’un homme. Un renversement de l’autorité maritale? Et deux lapins marchent en portant un braconnier ficelé sur une perche…

Mais désolé, Florence Hinckel, les choses ont quand même évolué. Préparation des biberons, changement de couches, lessive, cuisine au quotidien, bain du bébé. Plus tard, accompagnement à l’école maternelle, puis à l’hôpital pour une très grave opération cardiaque, visites chez le pédiatre, nombreux papiers de Sécurité sociale et d’impôts à remplir, conduite de la voiture, courses hebdomadaires au supermarché, c’était qui, à votre avis? Alors, s.v.p., sur la question des inégalités hommes/femmes et sur le sexisme, ne jetez pas tous les papas avec l’eau du bain… 

Bon, mais pour Renversante, nous n’avions pas chipoté et nous ne chipoterons pas notre plaisir… Ici, en un temps court (une demi-heure environ), le tour est joué et cette savoureuse inversion des stéréotypes passe d’autant mieux la rampe… Sur cette petite scène, il y a juste une table, quelques accessoires et éléments de costumes et perruques changées à vue. Mise en scène rigoureuse, proche de celle d’un spectacle d’agit-prop, pouvant trouver sa place n’importe où et joué à un excellent rythme. La metteuse en scène s’est emparée du texte avec maîtrise et réussit à faire passer cette réflexion à la fois drôle et caustique sur la place actuelle des femmes dans la société. Léna Bréban ,affublée vite fait de lunettes et moustache, est aussi excellente dans le rôle du père. En alternance avec Julie Roux, elle joue avec Pierre Lefebvre, en alternance avec Antoine Prud’homme de la Boussinière et Étienne Durot. 
 
Même s’il y a eu des avancée notables, illustrées une série de photos projetées avec dates-repères entre autres, droit des petites filles d’aller à l’école en 1882, trois femmes ministres dans le gouvernement Léon Blum en 36, droit de vote en 45 seulement, autorisation d’avoir une chéquier personnel vingt ans plus tard Il y a aussi un étonnant spot publicitaire pour une voiture de grande marque où on décrypte facilement que leurs auteurs ne font pas dans la dentelle quand il s’agit de promouvoir une belle voiture:  une actrice  incarne le véhicule! Le spectacle,  bien rodé, dure seulement trente-cinq minutes et précède un court entretien des comédiens et le public. Bref, Renversante, cinq après sa création, garde toute son efficacité.

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, Paris (VIII ème). T. : 01 42 65 90 00.


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